LES MÊMES, M. MÉNAGER
LA BABONNE. — BoDJour , monsicur Ménager ! C'est vous qui êtes le fermier de ces beaux herbages?
M. MÉNAGER. — Oui, madame, c'est mot*, à vous rendre mes devoërs.
LA BARONNE. — Qu'ils sout bcaux ces herbages ! la belle vue qu'on a de celte terrasse ! J'en ai fait un dessin, et je veux en faire un joli tableau !
M. MÉNAGER. — Oui, madame, ça fait une belle table ; mais ou's qu'il n'y a rien dessus !
LA BARONNE. — Commcnt ! n'est-ce pas une belle verdure "f Voilà deux lieues de gazon, aussi beau que celui des Tuileries.
M. MENAGRB. — Jc vcux dire que l'herbe n'pousse pas. Le temps est trop froéd, les bêtes ne trouvent pas de quoë manger.
LA BABONME. — Ccs hcrbages-oi sont les plus beaux du pays.
M. MENAGER. — lls u'sout pas vilains. 11 y en a, pourtant, encore de plus beaux.
LA BARONNE. — Commcut ! plus beaux?
mieux situés , mieux plantés, dont l'entourage est plus pittoresque ?
M. MÉNAGER. — Jc nc dis pas pour la vue , mais, qu'on peut z'y mettre vingt bêtes de plus.
LA BABONNE. — Est-cc quc le terrain est meilleur ?
M. MÉNAGER. — C'cst qu'il y a plus d'arpents.
LA BABONNE. — Vos bœufs sout supcrbcs.
Ils ont de si belles robes, des cornes si majestueuses ! ils sont si calmes, si paisibles, si gras ! Il me semble que je ne vois que les vôtres de cette beauté-là.
M. MÉNAGER. — Vousmc pardouncrcz, madame. Les cousins Septier eu ont, pourtant, aussi de belles paires... dans s't 'herbage d'à côté. {// montre les Cruchets.)
LA BABONNE, regardant du côté des Cruchets. — Il me semble qu'il y en a de petits avec les gros, et que j'en vois, là, de bien maigres.
M. MÉNAGER. — Lc cousiu Scpticr fait des élèves. Ces petits-là sont des bouvars d'un an, qui ont même ben fait dans s't'herbage, depuis voilà quelques mois. Et puis les Septier font travailler leux animaux ; ils les mettent à la charrue.
LA BARONNE. — Pourquoi n^' pas mettre les vôtres?
M. MÉNAGER. — Moë , madauie , c'est différent; je ne fais point d'z'élèves, non plus que de labourage : je fais la graisse.