‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 471 sur 478 · LES MÊMES, CHOLET · texte numérisé non relu

LES MÊMES, CHOLET

{Marianne apporte le cidre , et le pose sur la table. Johann en verse à Hougot, qui regarde le cidre et fait une grimace en voyant la couleur. Il le goûte, et fait une nouvelle grimace,).

HoueoT, à part.— lÀfi... diable, ce n'est pas là mon cidre !

JOHANN, mangeant. — Fous nous avez fourni là tu pien pon cidre, monsieur Hougot.

HOtieoT. -— Mon... monsieur Johann, il se pou . . . pourrait bien .

JOHANN. — Nous fous Tavoiis pien payé aussi !

LA PIPE DE CIDRE

HouGOT. — Mon... monsieur, je ne dis pas que non.

joHANM. — Le reconnaissez-fous?

HOUGOT. — Mon... monsieur, il y a déjà du temps.

JOHANN. — Donnez-m'en donc un verre...

MAB1ANNB CA vcrsc à tout le monde, — Oh! quelle mauvaise couleur est-ce qu'il a aujourd'hui?

MADEMOiSBLLB CA6TEL. — Oh ! qu'il cst mauvais !

MADEMOISELLE GABDIELLE. — Ou UC IC reconnaît plus.

MABiE. — Ce n'est pas le même.

MABiANNE. — Oh ! jc Tai pris à la pipe.

BAPTISTE. — Conmient donc estKre que cela se fait ? Comme il est troublé ! comme il est noir ! et quel goût il a ! Il ne sent plus que la rinçurel

MADEMOISELLE CASTEL. — Hier, il était encore si bon !

MADEMOISELLE GABBIELLE. — Mais, qu'CSt-CC

qui est donc arrivé à ce cidre-là? Monsieur Johann, dites-en donc votre sentiment.

JOHANN regarde au travers son verre. — Moi, che le trouve toujours de la même couleur.

TOUS ENSEMBLE. — Oh! il cst plus pâle, et tout trouble ! Mais, quel goût lui trouvez-vous?

JOHANN, buvant. — Che le trouve toujours te même.

MADEMOISELLE GABBIELLE. — Comment,VOUS

le trouvez aussi bon qu'hier?

JOHANN. — C'est toujours le même. Pourquoi foulez-vous qu'il soit changé?

MADEMOISELLE GABBIELLE. — Mais l'cst-il ,

oui, ou non?

JOHANN regoûtPy se détourne, et fait la grimace, — Che tis non.

MADEMOISELLE GABBIELLE. — MaiS, tCUCZ ,

c'est que vous avez encore le goût de la pipe dans la bouche; rebuvez-en encore, et faites attention. {Elle lui verse un grand verre; il hésite, et marque sa répugnance,) Buvez donc, ' puisque vous le trouvez bon !

JOHANN, buvant encore. — Plis chen pois, plis che le trouffe excellent! Enfin, père Hougot, c'est vous qui l'avez fendi.,

HOUGOT. — Il se pourrait peut-être bien...

JOHANN.— Comment, il se pourrait! N'est-ce pas très-sûr?

HOUGOT. — Je n'dis pas que non.

JOHANN. — Mais, sacretié , il faut dire que oui.

HOL'GOT. — Oh 1 je... je ne dirai pas oui.

JOHANN. — Mais le bibe, il n'a pas chanché de place, c'est le même bibe.

HOUGOT. — Oh, la pipe! il est po... possible.

JOHANN. — Mais, le citre, fous defez le reconnaître î

HOUGOT. — Je ne le reco... onnais point.

JOHANN. — Mais, il est trèspon, très-pon, ce citre-là. (// s'en verse un verre y il le boit , faisant à part un signe de répugnance.) Vous ne devez pas renier ce citre-là ; il être pien pon , et le couleur être fort peau.

HOUGOT. — Mon... monsieur Johann, vous voulez me faire con... onvenir que j'ai ven... endu du cidre comme ça, et je n'en ferai rien. Si j'en con... convenais, vous me redeman... mandriez votre argent, et je n'rends rien.

MADEMOISELLE GABBIELLE. — Il faut biCH

croire monsieur Johann, qui s'y connaît mieux que nous, quoiqu'il me semble...

JOHANN. — Oh, fouil mam'zelle Gabrielle, elle a raison, c'est point chanché le citre; il être touchours le même, et touchours pon . Mais ces fenunes, est-ce qu'ils connaissent quéque chose?

BAPTISTE. — Il me vient une idée. Peut-être que le vase n'était pas propre. [Marianne chuchote à l'oreille des autres femmes. Appelant : ) Cholet ! Cholet ! Tiens, va-t'en tirer un aulre pot de cidre; vide, et rince celui-là. {Cholet emporte le pot.)

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