‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 474 sur 478 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LES MÊMES, CHOLET, rapportant ia cruche.

CHOLET. — Oh! je viens de voër de belles choses ! Diantre, il est bien aisé de comprendre pourquoi est-ce que le cidre est si trouble ; c'est qu'on z'y a mis de Tiau du puits. La pipe en z'est encore toute mouillée par* dessus, et j'ai trouvé dans un coin de la cave, derrière le bois du jardinier, deux arrosoërs du jardin, encore pleins d'iau trouble du puits qui devait encore z'y entrer ; et il en faut encore, puisque la pipe est presque vide, et ne devrait pas être à moitié ; par ainsi, il sera encore pus faible qui n'est, et encore pus trouble ; car, ce n'est pas avec la boue du puits qu'on peut faire du cidre. ROUGOT. — Oh ! véritablement, non.

MABiANNB. — En cffct, quaud j'ai été tirer la première cruche, j'ai vu le tonneau mouillé, et de Teau à terre, autour du tonneau. J'ai pensé que ce pouvait être l'humidité de la cave; et puis, j'ai entendu quelqu'un se sauver, quand j'ai tourné du côté de la cave... (il Johann.) Eh bien, votre ami le jardinier! avec ses arrosoirs... il ferait bien mieux d'arroser nos choux.

JOHANN. — Oh! si c'est lui qui fait de ces coups-là, che ne téfends pas. En effet, ce citre est plis faible.

HouGOT. — Je n'ac... accuse personne, le bon Dieu m'en garde ! Mais s'ti-là qui a déshonoré, de la façon, le cidre que j'ai fourni, c'est. . . c'est... un malhonnête... J'n'dis point que c'est le jardinier. J'n'crois pas non plus ses accusateurs; ce n'est pas li, et le gars Cholet n'est , ce peut bien, pas sûr que ce soit de l'iau qu'il aurait vue dedans.

JOHANN. — 11 a raison, le père Hougot. Il ne faut pas parler de cela, de peur de faire du tort à quelqu'un qui ne mérite pas.

MABiANNB. — Oui, mais avec tout ce tripotage, nous n'avons plus que de l'eau à boire.

TOUTES LES FEMMES ENSEMBLE. — NoUS ne

voulons point boire d'eau, nous ne sommes pas des grenouilles, entendez- vous , monsieur Johann?

JOHANN. — Che ne tis pas que fous êtes des crenouilles; ehe fois, sacretiépien, que fous êtes pas des crenouilles. Moi, che tis pas des inchures ; écoutez. . . Qu'est-ce qui a barlé à monsieur le baron pour avoir du citre? C'étre moi, je crois pien. Il faut ne rien dire; che tâcherai qu'il tonne une autre ; mais, il faut ne plis parler de celle-là qui est passée... Oh! che fçux, moi, découirir le foleur. Che sais bien comment il faut faire pour cela. Laissez-moi faire : che feux le brendre de façon qu'il retiendra blis. Mais, il faut me laisser faire. Che tirai à monsieur le paron que la bibe il a coulé.

BAPTISTE. — Monsieur le baron ne donnera pas une pipe aux gens toutes les six semaines, surtout s'il sait que ce ne sont pas eux qui lé boivent; et, en attendant, nous n'avons que de l'eau à boire. Quand on est en Normandie, on ne boit pas d'eau ; l'eau est mauvaise en Normandie.

MAOBMOISBLLB GABBIBLLB. — Oh! l'caU ne

vaut rien, en Normandie ; ce n'est pas comme l'eau de Paris.

MARIANNE. — Il n'y a qu'à demander au fermier : l'eau de la fontaine fait mal à ses vaches.

MADEMOISELLE CASTEL. — NoUS ne VOUlOHS

point boire d'eau, puisqu'on nous a donné du cidre. Monsieur Johann, c'est à vous à vous expliquer avec le jardinier.

joBAiNN. — Moi, ch'ai point d'exblication à faire; s'il n'a point folé le citre, il n'en coufiendra pas, c'est natirei.

MADEMOISELLE GASTEL. — Et s'il l'a VOlé?

LA PIPE DE CIDRE

JOHANN. -^ Il niera» comme te chiste; mais^ cbe tire toucbours qu*il a pas foIé. l^e foici qui fient. Fous poufez expliquer fous avec lui ; moi^ che me mêle pas de ces pétises.

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