SCÈNE X ET DERNIÈRE
LES MÊMES, LE JARDINIER, avec ses arrosoirs à la main,
MARIANNE. — Nous disons^ monsieur le jardinier, qu'avec ces arrosoirs-là, vous nous faites venir du cidre autant comme des laitues.
ut JABDiNiia, — Du cidre? Qu'est-ce qui dit cela?
MADEMOISELLE 6ABBIBLLB. <— NOUS VOUS SOm-
mes bien obligés, monsieur le jardinier, du soin que vous prenes de notre boisson.
LE jAEDiNiEB Du soiu que je prends,
moi , de votre boisson !
iAPTi»TE. — Oui, de notre boisson; vous videa la pipe de cidre, et vous videz ensuite le puits pour le remplacer. Pourtant, nous n'avons pas plus de cidre, ni plus d'eau, qu'il ne nous en faut.
LE iAHDiNiEE. — Vous ii'avez pas plus de de cidre, ni plus d'eau, qu'il ne vous en faut? Je ne sais ce que vous voulez dire. Expliquez-vous, je voua répandrai.
MARIANNE. — Nous dïsous quc VOUS avez bu notre cidre.
LE /ARDiNiBM.— Vous ditcs quc j'ai bu votre
cidre?
MADEMOISELLE GABBI^LLK. — Et OUi , VOUS !
LE JABDiNiER. — Qucl cidrc? Parlcz clair.
MADEMOISELLE OABRIELLE. — QuC VOUS aveZ
vidé la pipe dans votre gosier, et le puits dans la pipe. [Elle rit à gorge déployée.)
LE JABDiNiEB. — Qu'cstroe quc VOUS voulez dire? Parlez clair, expliquez-vous! Je ne ris pas, moi. Ceci touche à l'honneur, et sur l'honneur...
BAPTISTE. — Ce qu'on vous dit est assez clair. On vous dit que vous avez bu notre cidre.
LB JABOINIBB. -- BOU !
MADEMOISELLE GABBIELLE. *^ Et qUC VOUS
avez mis une demirdouzaine d'arrosoirs d'eau ea place.
LE JABDINIEB. — Ccci cst Butrc chose. Expliquez-vous. Laquelle des deux choses m'impute-t-on? car mon honneur ne veut rien lais-
ser d'obscur; mon honneur m'est plus cher que la vie; ceux qui attaqueront mon honneur, pourront bien s'en repentir. Il y a un juge de paix au Mêle, et faudra voir... Enfin, de quoi est-ce qu'on m'accuse? Qu'on s'explique clairement.
M ABiANNE. — Eh ! pardiunc, on vous l'a assez dit. On vous accuse d'avoir bu notre cidre, et d'avoir mis de Teau en place, et de l'eau qui est à moitié bonne, encore.
LE JABDINIEB. — Ahlc'cstça! Ehbicn, monsieur Johann, monsieur Hougot, je vous prends à témoin de ce qu'on me dit là; et puis je vous ferai voir, moi, que je n'ai pas bu votre cidre, et que je n'ai pas mis de Feau dans votre pipe.
MABiANNR. — Et l'cau qui était dans ces arrosoirs-là, il y a un moment, derrière votre bois, dans la cave, où est-ce qu'elle a passé?
LE JABDINIEB. — OÙ est-cequ'ellcapassé?...
Monsieur Johann le sait bien. Oh! il le dira devant le juge de paix.
JOHANN. — Moi, che sais rien.
LE JABDiRiEB. — Commcut, vous ne savez rien? Je l'ai mise dans votre cidre, à vous, comme nous en étions convenus. Or, si je l'ai mise dans le vôtre, je ne l'ai donc pas mise dans le leur. Ça est-il clair? Je ne sais seulement pas s'ils ont du cidre, moi, ni où il est logé. Oh ! Ton attaque mon honneur ! nous verrons !
JOHANN, àpart. — Ah, coquin ! tu me trahis ! attends, attends, (/fav/.) Moi, che vous ai bas dit de mettre de l'eau dans s'te pipe; et pourquoi que j'aurais foulu gâter cette citre t
LE JABDINIEB, à part. — Ah ! tu tc renies toimême ! Eh bien, tu ne tàteras pas du quartaut ! (Haut.) N'esiril pas vrai, qu'ayant beaucoup bu chez nous, et avec nous, depuis trois mois, de ce cidre qui est à U cave, vous m'avez prié de mettre un peu d'eau dans la pipe, en attendant la nouvelle pipe qui doit vous arriver? Ne m'avez-vous pas dit que ce cidre était à vous? que monsieur le baron vous l'avait donné? Toutes les fois que vous êtes venu chez nous, ne m'avez-vous pas, ou demandé à boire un coup du mien, ou offert une cruche du vôtre ? Voilà ma femme, qui peut dire...
LA jABDiNiÈBE. — Je dois cu convenir, monsieur Johann n'a pas été en reste avec nous ; quand nous lui offtîons le matin à rafraîchir, c'était lui cpii nous l'offrait le soir.
LE JABDINIEB, à part, — Attrape! et tu
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