SCÈNE X
verras, tout à l'heure, ce que je ferai de ton quartaut !
JOHANN. — Féritablement, ch'ai dit que le paron avait donné le citre à cause de moi, mais ch'ai pas dit que c^était pour moi tout seul : ça, ehe lé pas dit, ça, che lé pas dit. Quand che deirais sauver mon tète, moi, pas cabable d'un mensonge pareil. C'étre mal à vous, de dire un'chose qui n'être pas fraie.
LE jABDiNiER. — Ah ! la pipc ne vous appartenait pas ! ah ! vous étiez généreux aux dépens des autres ! C'est ce qu'il fallait deviner; moi, je ne suis pas devin. Mesdemoiselles, je suis bien fâché de m'étre mêlé d'administrer votre boisson; mais l'auteur est monsieur Johann. Aussi, plus de commerce entre nous. Il a compromis mon honneur, nous ne boirons plus de cidre ensemble. Je garde le mien pour moi ; qu'il garde le sien, ou le vôtre! Et, pour vous prouver que j'ai de l'honneur, c'est que je veux
vous rendre le cidre que cet hop^me-là m'a fait boire à vos dépens. J'ai, 1' an quartaut de très-bon cidre, que mon père vient de m'envoyer pour ma femme; je vous en fais présent, mais, à la condition que monsieur Johann n'y tàtera pas.
TOUS. — Oh ! nous le garderons pour nous!
JOHANN, furieux. — Sacretié! vous direz, peut-être, aussi que c'est moi qui vous a dit de mettre de l'eau trouple dans le bibe?
L4 jABDiNiÈBB. — Et commcut vouliez-vous faire autrement ? Le puits, dans ce mois<îi, n'en donne pas d'autre; encore, heureux d'en avoir.
MADEMOISELLE GABRIELLE. — AllOHS, mOU-
sieur Johann, c'est moi qui me charge de demander une autre pipe. Vous, vous achèverez celle que vous trouvez toujours si bonne; et nous, nous boirons le quartaut de monsieur le jardinier. Cela vous apprendra à régaler vos voisins à nos dépens.