SCÈNE PREMIÈRE
LE COMTE DE DAMMARTIN, MAirnE GA- LEOTUS.
LE COMTE DE DAMMARTIN, agiié, — Maître Galeotus Martius, je vois avec plaisir que le roi m'ait donné un homme de votre sagesse et de votre expérience pour sous-gouverneur de l'éducation du duc d'Orléans... et, par Dieu ! pour me gouverner moi-même , car j'ai des jours, des jours où j'ai diablement besoin d'être modéré; et aujourd'hui est un de ces jours-là. € Maître Galeotus, m'a dit le roi , tempérera la chaleur de voire caractère, et vous vous trouverez bien de ses conseils. » J'éprouve déjà la vérité de ce discours, et vous avez certainement raison de mettre un frein à ma colère contre cette... cette diablesse de duchesse d'Alençon, qui veut nous renvoyer la punition d'une faute commise sous sa gouvernance... Il est bon, j'en conviens, de ne pas me brouiller d'entrée de jeu avec cette... cette... cette... enfin je neveux pas me brouiller avec elle.
M* GALEOTUS. — Monscigueur cst bicu cncourageant; et je m'estime très-heureux de ce qu'il apprécie l'expérience que j'ai pu acquérir à la cour de Hongrie. Il y a des gens qui disent : Experientiafallax; mais, pour le grand nombre ; Experientia rerum magistra.
LE COMTE DE DAMMABTIN. — MattrC Ga-
leotus, vous oubliez que je ne sais pas le latin comme le roi de Hongrie et vous.
M* GALEOTUS. — Cela veut dire, monseigneur^ que des présomptueux disent : Loxpé-
rience est trompeuse, croyani leur jugement bien plus sûr ; mais que l'expérience est pourtant la maîtresse qui nous donne le meilleur enseignement.
LE COMTE DE DAMMABTIN. — Ah, par DicU !
je vous en réponds, il n'y a que celle-là de bonne , et voilà pourquoi les seigneurs sont si supérieurs aux gens d'étude. Je ne dis pas cela pour vous et pour moi, maître (jaleotus; vous êtes une exception si bien reconnue... Mais revenons à notre affaire et concluons : à quoi nous arrêtons-nous?
M« GALEOTUS. — Il me semble qu'il faut voir venir; jusqu'à présent, rien de positif. Tout se borne à une confidence de la duchesse d'Alençon. C'est à madame la duchesse d'Orléans à prononcer si la commission dont on nous menace nous regardera, ou non. Il faut donc attendre sa décision. Seulement il est opportun d'ordonner aux deux sous-précepteurs de vous informer de l'ordre que l'un ou l'autre pourrait recevoir immédiatement de madame la duchesse d'Orléans, et ce , avant de procéder à l'exécution. Je les ai mandés ici pour recevoir vos ordres. Au fond, monseigneur, il est certain que si l'éducation du jeune duc devait commencer par une expédition aussi fâcheuse, il ne nous accorderait jamais cette confiance si nécessaire au succès de nos soins.
LE COMTE DE DAMMABTIN. — Par DICU ! CCtte
cérémonie entrera mieux dans les adieux des femmes que dans le joyeux avènement de l'éducation des hommes... et d'ailleurs, de quel droit cette... la duchesse d'Alençon prétend-elle rejeter sur nous. . . ? Il suffit qu'elle ait l'insolence de prétendre... par Dieu.. .je ne prétends pas qu'elle s'ingère à prétendre avec moi... d'autant plus, voyez vous, maître Galeotus, qu'elle ne demanderait pas mieux que de donner elle-même de sa main sèche la correction imposée à son petit frère... Mais la... la dame a des enfants^ et elle veut leur ménager l'amitié de notre jeune prince , héritier présomptif jusqu'à ce jour... Vous voyez l'intérêt... mais, je le répète, vous avez raison, il faut attendre que la duchesse d'Orléans prenne un parti.
M* GALEOTUS. — Voici Ics souspréccpteurs; monseigneur va leur dire...
LE COMTE DE DAMMABTIN. — Jc SUiS pluS
embarrassé pour parler à des savants qu'à mes gcudarnies.