LA DUCHESSE D'ALENÇON, HENRIETTE
henbiette. — Madame, il se répand dans la maison que le roi a ordonné une terrible exé* cution contre monseigneur.
LA DUCHBSSB d'albnçon. — Qui VOUS a dit cela?
HBNKIBTTE. — TOUt IC moudc.
LA DUCHBSSB d'alençon. — Il ue faut pas parler de cela.
henbiette. — Madame, on a calonmié ce pauvre monseigneur; je réponds qu'il n'a pas fait ce qu'on lui impute.
LA DUCHESSE d'alBNÇON. — SaVCZ-VOUS CC
qu*on lui impute?
HENBIETTE. — Nou, mais jc réponds...
LA DUCHBSSB d'albnçon. — Ne répoudcz de rien.
HENBIETTE. — Si madame la duchesse sait quelque chose... Mais je suis bien sûre que ce n'est pas à mauvaise intention. Le prince a un si bon cœur! il est si aimable! il est si joli, si charmant ! Quel malheur qu'on nous l'ôte!... (Elle sanglote,)
LA DUCHESSE d'alengon. — Là, là, mapauvre Henriette, calmez-vous. Le prince ne pouvait pas toujours rester enfant.
HENBIETTE. — Mais , madame, on le traite pom*tant comme un enfant: le fouet! le fouet à son âge ! Le jour où il quitte les jupes pour prendre les habits d'homme! Quelle étrenne pour ses hauts-de-chausse... qui lui vont si bien!... Ah! mon Dieu, le roi est bien méchant!
LA DUCHESSE d'alençon. — Chut! OU ttc dit pas de ces choses-là.
HENRIETTE. — Quaud OU Ics pcuse...
LA DUCHBSSB d'alënçon. — Il uc faut pas les penser, de crainte de les dire.
HENBIETTE. — Mais OU assurc que ce sont ces vilains hommes qui vont exécuter Tordre du roi. Us ont la main si lourde! Pauvre enfant!... Madame, il m'est venu une idée : puisque monseigneur doit être puni pour quelque faute de ces jours passés, c'est aux femmes à le punir. Ainsi vous êtes maîtresse...
LA duchesse d'alekçon. — Que voulez-vous dire?...
HENRIETTE. — Sî VOUS voulicz charger de l'expédition une personne de confiance... qui ne la ferait pas... si vous vouliez me charger..
LA DUCHESSB d'alençon. — Vous charger, vous, de la correction du prince 1
HENRIETTE. — Maîs jc uc le corrigciais pas ; et quand je le corrigerais, je serais bien sûre qu'il serait moins fâché que ce fût moi qu'un autre. Cène serait pas la première fois... Quand je le portais et qu'il me chiffonnait, et qu'il me prenait toutes mes épingles, oh! je le corrigeais, et il ne se fâchait pas... Mais cette fois je le gronderais bien, et je suis sûre que s'il me promettait de ne plus faire la faute qu'on lui reproche, il ne la ferait plus... On obtient de lui tout ce qu'on veut par la douceur. Le charmant enfant !... 11 est vrai qu'il a des moments où Ton dirait qu'il veut exterminer tout le monde: il injurie, il frappe, il mord, il bat à droite, à gauche, il vous estropierait si Ton n'y prenait garde 5 mais il n'a pas plutôt les talons
LE FOUET DM NOS PÈRES
tournés, qu'il ne pense plus à tout cela. Ce sera le meilleur prince de la terre.
LA oucHESSB d'albnçon. — Il ne s'agit pas de l'avenir; et l'ordre du roi est positif.
HERBiBiTE. — Mais Ic roi ne saura pas ce qu'on aura fait. Il ne faut que lui dire que son ordre est exécuté. Qui est-ce qui lui dira le contraire?
LA DucHFssB d'àlbnçon. — Qui? fc duc luimême, qui le dira à tout le monde.
hbnbibttb. — Si je le prie de ne pas le dire, et s*il sait qu'il me ferait de la peine , noon Dieu^ il ne le dira pas. Et quand il le dirait? le roi me punira s'il le veut : j'y consens.
la dughessb o'albnçon. — Allez, ma pauvre Henriette, je penserai à votre proposition* Je vous sais gré de votre bon cœur. J'attends ici la duchesse d'Orléans. Je veux être seule avec elle.
(Henriette sort.)