‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 3)Chapitre 69 sur 478 · ACTE m · texte numérisé non relu

ACTE m

LA D11CHBS8A D^oaLBÂNs^ grocieusement. — Je me réjouis^ me disait-il y de commencer mes exercices devant le comte de Dammartin : je veux qu'il soit content de moi !

LE COMTB ]>B DAMMAlTIfC, flotté. — Jc SUIS

sûr cpie nous serons contents Tun et l'autre. LA DucHBSSE D*0BLÉAN8, offectueusement.

— Il disait : « Si je pouvais avoir aussi bon air, imiter ses façons nobles et guerrières! b et il se mettait en attitude pour vous imiter. (Elle indique par %n mouvement l'attitude que prenait son fils.)

LB COMTB DB DAMMABTIN, poHment. — Oh !

il est bien constitué^ bien tourné ; il sera mieux que moi»

LA DucHBSSB D'oBLiANs, s'exaltont. — Il veut comme vous une épée courte^ et la porter comme vous^ haut, droite et à la main.

LB COMTB DE DXMUAf^iitf , Hatit et charmé.

— Ha beaucoup regardé hier celle-ci : il voulait la tirer du fourreau.

LA DDCHBSSE d'obléans^ toujours plus animée. — Point de toque , disait-il ; un chapeau comme le sien^ avec une seule plume^ et placée sur l'oreille gauche !

LB COMTB DB BAMHAETiiv , Se possionnant.

— Oui 9 oui^ il a raison. Du feutre! et point d'étoffe sur la tête. La toque est une coiffure de fenune.

LA DUCHBSSB D^OBL^iARSy avec exattatUm.

— n veut un cheval blanc et grand comme le vôtre. « Quand pourraî-je , dit-il , gouverner mon cheval comme le comte manie le sien ? d

LB COMTB DB DAMMABTiN^ enchanté, avec effusion. — n est charmant, en vérité ; je l'aime comme mon fils et comme mon futur maître... (// regarde derrière lui si personne ne Va entendu,) Ouiy comme le digne successeur de mon maître...

LA DUCHBSSB d'obl^ns, ovec Un ton de confiance et de séduction. — Mon cher comte y ne pourriez-vous rien pour nous tirer de peine ?

LB COMTE DB DAMMABTiN , sc rcmbrunissant. — Mais j'y suis comme vous, et si bien que je venais vous demander comment...

LA DUCHBSSB d'obléat^s. — Si je pouvais mc flatter qu'à votre amitié pour mon fils se joignit un peu d'intérêt pour sa mère?...

LE .COMTE DB DAMMAETIN. — C'CSt par CC

double intérêt dont je suis pénétré pour l'une et pour rail trc, que je vous prie de me dire quels

SGËNË II.

moyens vous avez pris pour faire savoir au roi sans délai...

LA DUCHESSE d'obléans. — Vous u^ignorez pas comme il m'a traitée !

LB COMTE DB DAMMABTIN. — ParlCZ-VOUS

de ce qu'il a dit à madame l'abbesse de Fontevrault?

LA DUCHBSSB D'oBLiAifS. — 11 lui a dit qu'il me renverrait en Allemagne... Quelle plus indigne menace ferait -on à une aventurière?...

LE COMTE DE DAMMAETIN. — 11 CSt dur; Ct

il parlait à l'abbesse de Fontevrault, qui ne le disposait pas à la tendresse.

LA DUCHBSSB d'oblbans. — Il a ajouté qu*il ferait noon fils moine de Cluny ! £t pourquoi? parce que cet enfant est jusqu'à présent héritier présomptif de la couronne^ et parce qu'il s'appelle le duc d'Orléans.

LE COMTE DE DAMMAETIN. — Il u'aurait pas d'autre motif. Mais il n'a fait là qu'une vaine menace. Ce sont paroles en l'air; c'est du bruit.

LA DUCHESSE d'obl^ans. — Quclafifrcux présage! Parce que mon fils est appelé au trône^ nous verrons le roi se placer sur son chemin en ennemi redoutable! Quelle destinée sera la nôtre! Ah! plaignez-nous...

LE COMTE DE DAMMAETIN. — Madame^ uous nous laissons aller à des inquiétudes pénibles, et nous oublions qu'en ce moment...

LA DucHBisB d'obléars. — Soycz médiateur entre le roi et nous!

LE COMTE DB DAMMAETIN. — Une priucesse alliée du roi^ mère du premier prince de la fa,mille royale, n'aura jamais besoin que d'ellemême auprès du roi; mais s'il se trouve une occasion de lui donner d'importants avis ou d'utiles conseils, je m'empresserai de la saisir; et, pour conunencer...

LA DUCHESSE d'obléans^ — Un Crédit aussi solidement établi que le vôtre ne courrait pas le moindre risque, dans le moment présent, à une démarche bienveillante en notre faveur.

LE COMTE DE DAMMABTIN. — MoU Crédit!

vous savez comme il a varié ! Mon crédit n'est fondé ni sur l'estime ni sur la reconnaissance; il l'est sur la haine et la vengeance vouées à beaucoup de gens que vous connaissez.

LA DUCHBSSE d'oeléans. — Le TOI a de la confiance en vous.

LE COMTE DE DAMMABTIN. — Oul, de la COIl-

70 LE FOUET DE NOS PÈRES

fiance en mes défiances. Nous sommes en société de défiances et d'inimitiés; vcnlà en quoi consiste mon crédit près de lui. Si je cesse un moment d'agir et de penser selon son caractère^ je tombe dans sa haine; s'il cesse un moment de voir par mes yeux de la même manière que par les siens^ il lira dans les miens mille perfidies. Vous le connaissez : s'il suspecte en un points il suspecte pour tout; s'il suspecte un moment^ il suspecte toujours; et dès qu'il suspecte, il condamne^ et s'il ne frappe pas à l'instant^ le coup n'est que suspendu. Avec lui; madame, il faut être en pleine foveur^ en faveur sans nuage^ pour être sûr de n'être pas pendu.

LÀ DucHBssB d'obléans. — Yous idiez me persuader que vous êtes le plus à plaindre de nous tous.

LB COMTE DE DAMMABTiN. —'Franchement, je suis inquiet de Pair rébarbatif avec lequel le roi m'a reçu ce matin après Tabbesse de Fontevrault, et je me crois obligé de vous demander où vous en êtes pour l'exécution de ses ordres...

LA DUGHESSB o*oRLÉAiNS; sèchetnent. — Le roi vous en a-t-il donné?

LE COMTE DE DÀMMARTIN. — NOU; maiS il

m'a paru supposer que j'en étais responsable.

LA DUCHESSE D*0BLÉAN8. — MaîS VOUS aVCZ

rejeté de si haut et si loin cette conunission...

LE COMTE DE DAMMARTIIf. — Il CSt Vrai , Ct

j'ai peut-être eu tort.

LA DUCHESSE d'oBLBANS. — VoUS aVCZ VOUlu

qu'elle pesât de tout son poids sur la duchesse d'Alençon.

LE COMTE DE DAMMABTIN^ VivetHent. — Elle

s'en est donc chargée?

LA DUCHESSE D*0BLBANs, froidement. — Le roi sera obéi.

LE COMTE DB DAMMARTIN. •— MaiSquaud?

par qui?

LA DUCHESSE D^oBLÉANs. -^ La duchcsse d'Alençon répondra au roi de Texécution des ordres qu'elle a reçus. Je ne puis rien vous dire de plus.

LE COMTE DE DAMMARTIN. — Et Si IC rOÎ allait vouloir que je lui répondisse de la duchesse d'Alençon !... Franchement Je crains sa faiblesse et la vôtre : elle est si naturelle à une mère, à une sœur ! et c'est si naturel au roi de 5*en défier !

LA DUCHESSE d'obléans ^ iroHiquemeiU, — Vous ferez bien de prendre vos précautions^ et de demander les ordres du roi poiv votre tranquillité; ne pouvant rien faire pour moi, dédommagez-moi, monsieur, en faisant quelque chose pour vous.

LB COMTE DB DAMMABTIN. — Cet BVis U'cst

peut-être pas à négliger. Je vous en remercie. (A pari.) Elle est fftchée ! Ma foi, si je pouvais obtenir la grâce de cet enfant!...

(// sort.)

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