COMÉDIE EN UN ACTE
AVANT-PROPOS
Le fond de cette comédie est pris dans l'extrait suivant d^un manuscrit de U bibliothèque de M. le comte Daru :
Charles'Quint et la duchesse d'Étampes.
a .... La seconde galanterie fut aussi bien reçue, quoiqu'elle parût venir d'un principe plus sérieux. L'empereur avait retenu à son service tous les gentilshommes français de la suite de Bourbon (du connétable) qui s'étaient voulu donner à lui après la mort de ce prince. Celui de tous qui s'était poussé plus avant dans sa cour se nommait Le Peloux , homme de bonne mine, d'esprit fin. de conversation aisée, principidement avec les dames, et capable de négociation et de secret, nonobstant son humeur enjouée. Il n*avait d'abord suivi le parti d'Espagne que par nécessité ; ensuite il s'y étiût accommodé par intérêt , pjuis il en avait pris insensiblement les inclinations. Depuis, il avait quitté ce qui lui restait d'inclination pour sa patrie, et ne cédait en rien au plus zélé des Espagnols pour l'agrandissement de son maître.
a Comme il était bien venu chez les personnes les plus considérables de la cour de France, il apprit bientôt qu'on n'était pas content du passage de l'empereur; que Montmorency l'avait em^yorté contre le sentiment de tous les autres ministres et courtisans (i) -, qu'il y avait plusieurs intrigues formées pour dessiller les Jeux du roi ; et au'il était à craindre que Sa lajesté détrompée n'arrêtât l'empereur sous divers prétextes dont il ne manquerait pas, jus(iu*à ce qu'il eût mis le duc d^Orléans en pleine possession du duché de Milan.
« Le Peloux en avertit l'empereur , qui se figura le danger d autant plus mévitable , que Ton croit toujours plutôt ce que l'on craint que ce que l'on souhaite, il repassa dans son esprit tous les expédients que 1 adresse la plus consommée pouvait suggérer, et il n'en trouva point de meilleur que celui d'une libéralité surprenante. La dame qu'il redoutait le plus était la duchesse d'Étampes; elle possédait absolument le roi. Cependant elle n'était plus dans les intérêts du connétable, et la jalousie en était cause. Le Dauphin avait une maltresse, aussi bien que son père : c'était la veuve du sénéchal de Normandie (2), qui, dans un âge assez avancé, conservait la beauté la plus achevée du royaume. Il n'avait pas été difficile de se ménager avec ces deux dames, pendant qu'elles vivaient en parfaite intelligence; mais il fallut prendre parti lorsqu'elles se brouillèrent. Il échappa à la du-
(1) C*e8t-àdire avait décidé le roi à permettre le passage de Charles-Qaint en France.
(2) Diane de Poitiers, depuis duchesse de Valentinois.
chesse de dire qu'elle était née le même jour que la sénéchale avait été mariée; et ce reprocne malin de vieillesse offensa tellement la personne qu'il touchait, qu'il fut impossible de l'apaiser. Le connétable, après y avoir inutilement employé son crédit , se déclara pour la sénéchale, parce qu'il estima sa fortune si bien établie auprès du roi , que rien ne pouvait l'ébranler. Mais sa prévoyance ne fut pas juste des deux côtés; car en id)andonnant la duchesse , il irritait une femme vindicative qui avait trop d'esprit pour perdre encore la première occasion qui s'offrirait de contribuer à sa disgrâce * et, de fait, elle avait appuyé l'avis du cardinal de Toumon. On ne cessait de re-
f>résenter au roi que Sa Majesté deviendrait 'objet de la raillene publique , si elle se laissait encore tromper. On n'a fas su si l'empereur était informe de ces particularités; mais il agit de la même manière que s'il les eùi pénétrées. Un jour qu'il lavait avec le roi^ et que la duchesse présentait la serviette, il laissa tomber une bague enrichie d'un diamant de très-grand prix; la duchesse le ramassa et le voulut rendre; mais l'empereur lui dit, avec tout l'enjouement dont il était capable, qu'il n*enviait pas le présent que la fortune venait de faire à une personne si charmante, et que la bague était à elle par une loi inviolable d^Allemagne, qui dispensait les empereurs en toute rencontre de reprendre ce qui leur était tombé des mains, quelque rare que fût l'objet; au contraire, elles ordonnaient qu'il demeurât à quiconque l'avait trouvé, pour marque de l'aventure. Il n^était pas aisé de montrer d'où cette loi avait été tirée, ni Rapporter des exemples pour montrer qu'elle eût été en usage : aussi la duchesse employa tout ce qu'elle avait d^âgrément pour persuader l'empereur de recevoir la bague. Le roi l'en pressa par toutes les voies civiles dont il put s'aviser; mais l'empereur, qui avait trop bien commencé sa ruse pour la laisser imparfaite, s'otKstina tellement à vouloir que le diamant restât à la duchesse, que le roi fut contraint de consentir qu'elle le gardât.
« L'effet qu'il produisit fut que la duchesse, qui avait de l'esprit, faisant réflexion sur la galanterie de l'enipereur , et sur l'adresse qu'il avait eue à lui faire un présent dans la seule conjoncture où le roi pouvait agréer qu'elle l'acceptât , se sentit excitée à différer de se venger du connétable, de peur que sa disgrâce ne rejaillît sur un pnnce aussi libéral qu'était l'empereur. »
( Extrait d'un manuscrii intitulé François I*', ou les choses les plus mémorables arrivées de son règne; tome IV, liv. IX, \ page m.)
PERSONNAGES
CHARLES-QUINT