DISSOLUTION DES COURS DE FRANÇOIS
me$y une pareille d^ordînaire^ ni nos rois de France. Bien est vrai^ que ce grand empereur Charlemagne et roi de France^ de son vivant^ prenoit grand plaisir de faire et dresser des cours grandes et plénières... pour voir les belles joutes, tournois et magnificences qui se faisoient très-superbes, par une grande troupe de chevaliers (i)... Mais quoi! ces belles et gran- * des assemblées et compagnies ne se jouoient que trois ou quatre fois Tan... lilah (a cour de notre roi Henry If, et de notre reine, étoit ordinaire, TANT EN GUEBBB QU^BN PAIX , fust OU
pour résider, ou pour demeurer en un lieu pour quelques mois, fust qu^eile se remuât en autre maison de plaisance et châteaux de nos rois, qui n'en ont point de faute, et en ont plus que roi du monde. Cette belle et grande compagnie toujours, au moins la plus grande partie, marchoit et alloit avec sa reine^ si gue d*ordinaire, pour le moins, sa cour étoit pleine
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LBS. Aussi, les maréchaux des logis et fourriers du roi aflîrmoient qu*elles tenoient têujours moitié des logis. »
Ici Brantôme ne dit rien au hasard, et n'exagère nullement : il prouve ce qu'il avance par la liste des dames et la liste des demoiselles qui composaient la cour, et il en couvre huit pages ih-8^; encore déclare-t-il qu'il ne fait compte que des plus anciennes et des plus apparentes.
En parlant des filles de la reine, il dit (p. 296) u que c'étoient de fort belles et honoa râbles filles, avec lesquelles tous les jours, « dans son antichambre, on conversoit, on dis- « couroit, on devisoit, tant sagement et tant ff modestement, que Ton n'eust osé faire autrea ment. »
(1) Double anachronisme. Brantôme parle des fêtes de Charlemagne et de chevaliers qui y figuraient, d'après les romans des treizième et quatorzième siècles; car il n'y a point de romans faits du temps de Charlemagne, et la chevalerie n'existait pas encore de son temps. Il y a des romans dont la fable, ajustée à son temps, y suppose des mœurs et des usages qui n'y appartiennent nullement, mais qui appartenaient au temps où les romanciens écrivaient. C'est au treizième siècle qu'on a fait des romans qui supposent la chevalerie dans toute sa force et sa splendeur dans les armées de Charlemagne, quoique la chevalerie soit une institution postérieure de plus de deux siècles.
Ce sagement, ce modestement étaient, sans doute , réservés pour la contenance de VanHchambre ; car hors de là, Brantôme ne les peint pas des mômes couleurs. Il observe, avant d'écrire la liste des demoiselles qu'il a vues à la cour de Henri II, que plusieurs sont mariées, et il ajoute : <« Je crois que le meilleur temps qu'elles ont jamais eu ( et qu'on leur demande ! ), c'est quand elles étoieht filles ; car elles avoient leur libéral arbitre (libre arbitre) p(mr être religieuses aussi bien de Vénus que de Diane, mais (pourvu) qu'elles eussent de la sagesse et de Y habileté et savoir pour se garder de r enflure du verUre, o A la tête de la liste est mademoiselle de Rohan, qui fit un procès à Nemours, qui lui avait fait un enfant ; on voit, un peu plus bas, mademoiselle de Saint- André, qui couchait avec François II, etc.
On peut donc croire que les demoiselles se dédommageaient, dans leiu* appartement, de la contrainte qu'elles éprouvaient dans Tantichambre de la reine.
Mais ce qui les acquittait envers la reine, et sans doute envers l'État , c'est l'éclat et le charme qu'elles donnaient aux fêtes de la cour. « // falloity dit Brantôme, se représenter ces créatures, plutôt divines qu humaines, aux entrées de la cour dans Paris et autres villes, aux sacrées et superlatives nQCfs de nos rois de France, et de leurs sœurs, filles de France, aux réceptions des prinœs et ambassadeurs étrangers; il falloit le^ voir aussi quand elles accompagnoient à cheval la reine en litière durant ses grossesses!... et à la chasse!... Virgile, qui s'est voulu mesler d'escrire le haut appareil de la reine Didon, quand elle aHoit et étoit à la chasse, n'a rien dit qui approchât de celui de notre reine avec ses dames. »
Et toujours Brantôme revient à François t^; c'est toujours à lui qu'il rapporte l'honneur de tant de belles choses. « Cette reine, &ir\\, faite de la main de ce grand roi François, qui avoit introduit cette grande et superbe bombance, n'a voulu rien oublier ni laisser de ce qu'elle avoit appris; mais Va voulu toujours imiter, voire surpasser, et le lui ai veu dire trois ou quatre fois en ma vie. »
Ajoutez à ce passage la multitude de ceux où Brantôme parle de ces fêtes, où les filles de la reine servaient à table à moitié nues, échevelées comme épousées, ou vêtues en hommes ;