CHAPITRE IV
Dissoluliou de la cour de Henri IV. Esprit des ctaU généraux de 1588 à sou égard. Opinion de Voltaire comme particulier, différente de son opinion comme poète, sur Henri IV. Sentiment de Fénelon sur ce prince.
Ce qui distingue les seconds états de Blois des précédents, c'est, d'abord, autant de haine et de violence contre Henri IV dans les derniers, que de ménagements dans les premiers.
C'est, ensuite, la volonté d'accroître la liberté politique par quelques changements à la constitution.
Aux états de i576, on réprouvait, on interdisait le culte que professait Henri, roi de Navarre, sans menacer sa personne; à ceux de 1588, on l'exclut du trône de France.
Quelle était la cause de ce changement ? Les écrivains varient entre l'ime des suivantes : la haine du protestantisme, rafTection pour le duc de Guise, l'aversion pour Henri IV.
Les députés de la nation, animés, disent les premiers, de la même horreur que la France entière pour la religion prétendue réformée, repoussaient, par zèle pour la religion catho-
(1) Théâtre historique. Notice sur Henri HI, tome I de cette édition; p. 316 et suivantes.
lique, im roi qui aurait travaillé à faire, au moins, prévaloir son culte sur le leiu*.
Les députés, disent les autres, étaient pour la plupart des afSdés du duc de Guise, et voulaient aider à l'exécution de ses desseins sur le trône de France, espérant obtenir sous son règne la récompense de leur zèle.
Selon d'autres encore, les députés voulaient seulement protéger le duc contre la malveillance et la défiance de Henri lII, en interdisant pour jamais à celui-ci toute alliance et tout raccommodement avec Henri, roi de Navarre, dont le secours eût pu faciliter le renversement de la Ligue. Ce qui favorise cette opinion, c^est la conformité de vues et de sentiments de l'assemblée, dès l'ouverture, avec la requête de la faction assemblée à Nancy.
Selon d'autres enfin, les députés voulaient aider le duc de Guise, non à détrôner Henri de Valois, mais à empêcher Henri de Bourbon de lui succéder; en d'autres mots, ils étaient en conspiration contre l'héritier du trône,. non contre le prince qui s'y trouvait assk, c'est-àdire contre Hemî IV, non contre Henri III.
Cette dernière opinion, qui n^est pas la plus généralement reçue, a été celle de d'Avila, et Voltaire inclinait à l'adopter. J'oserai rejeter les premières, convaincu que les états n'ont jamais eu en vue de favoriser le duc de Guise en proscrivant Henri IV, et ajoutant que Henri IV, haï comme ennemi, était mésestimé conune roi presque autant que Henri III.
Les faits les plus certains et les plus généralement avoués, montrent avec évidence que le duc de Guise avait, tout au plus , l'ambition d'empêcher Henri IV de monter sur le trône, mais nullement celle d'en faire tomber Henri IIL
Quand la ligue se déclare-t-elle? quand le duc de Guise parait-il en être le chef? quand la faction des Seize, ligue particulière dans la ligue générale, ligue locale et propre à la ville de Paris, ligue plus audacieuse, plus entreprenante que la ligue des provinces, parce qu'elle voyait de plus près l'autorité contre laquelle elle s'élevait , et connaissait le terrain sur lequel elle avait à combattre, quand se forme-t-elle? quand essaye-t-elle ses forces et signale-tr-elle son audace? quand arbore-telle la révolte ouverte? C'est en 4584, après que la mort du duc d'Alençon, dernier reji'-