DISSOLUTION DE LA COUR
ton de la braache des Valois^ eut appelé la branche des BourlK)ns à l'hérédité immédiate du trône.
Alors^ ce n'est plus une simple guerre^ ce ne sont plus de simples hostilités sans cesse paci^ fiées, sans cesse renouvelées contre les protestants, de simples précautions contre la versatilité du roi entre leur culte et le culte catholique, contre les désordres de la cour, la dilapidation de finances, l'abus du pouvoir royal ; en un mot, ce n'est plus une guerre dont la réforme des abus de la cour était le but, et la religion le prétexte, une guerre toujours facile à pacifier, qui occupe la faction : c'est une guerre à outrance contre la personne du roi de Navarre et ses adhérents. La fureur redoubla du moment qu'on le vit prince héréditaire; c'est alors qtie la Ligue devint insolente envers Henri III, en qui elle attaqua , non son autorité ni sa personne, mais seulement le protecteur caché ou le trop faible ennemi de Henri IV.
Ces faits ne sont-ils pas de ceux dont les conséquences sautent aux yeux les moins clairvoyants? Une de ces conséquences n'est-elle pas que l'ambition du duc de Guise ne peut être regardée comme manifeste que de la même époque^ et qu'elle ne tombait que sur Henri IV ? Mais le mouvement de la Ligue, et l'établissement des Seize, furent-ils l'ouvrage du duc de Guise? S'il y contribua, d'autres causes plus puissantes ne déterminèrent-elles pas ces événements ? Je l'ai déjà dit : la Ligue avait pour motif une révolte de jalousie contre les favoris de la cour, et pour bannière seulement, la religion catholique : elle ne pouvait pas aimer la cour du roi de Navarre, détestant celle du roi de France.
Je sens que cette dernière assertion a besoin de preuves : je les trouve dans le malheur qu'eut Henri IV, de ressembler durant sa jeunesse à Henri lit, et de faire craindre que la maison de Bourbon ne fût infectée des vices de la maison de Valois. Henri IV était resté quatre ans à la cour de France, après son mariage avec Marguerite de Valois : il avait pris les mœurs de cette cour. Marguerite et lui vivaient en liberté, elle avec des amants, lui avec des maitresses. Leur mariage, comme jow disait alors, était un divorce. Ils vivaient en amis complaisants, se connaissant l'un l'autre infidèles
époux. Marguerite allait jusqu'à favoriser les amours du roi, et s'acquittait, ainsi, envers l'indulgence du roi pour les siens. Dans le commencement de leur mariage, Henri devint amoureux de la baronne de Sauves, dame d* atours de Catherine de Médicis ; le duc d'Alençon en était aussi fort épris; selon Marguerite, les deux princes étaient traités avec égalité; mais Henri était jaloux; et Marguerite, qui n'était pas indifférente pour le duc d'Alençon, son frère, se fait un mérite, dans ses Mémoires, du soin qu'elle prenait de l'éloigner de madame de Sauves, voulant, dit-elle, uniquement le contentement du roi ,. son mari, et Funion entre les deux beaux-frères. Henri et Marguerite respectèrent leurs infidélités comme d*honnétes gens respectent leurs mutuels liens.
Il n'était pas nécessaire d'avoh* une grande sévérité de mœurs pour condanmer dans Henri, outre ses écarts, son indifférence pour ceux de la reine, et pour se persuader qu'il n'était pas permis au chef d'un gouvernement de souffrir dans sa maison les désordres d'un mauvais lieu. On voyait, dans la bonne intelligence dçs deux époux, un consentement mutuel à la violation de toute morale, de toute décence, de toute pudeur.
D'Aubigné a fait de la cour du roi de Navarre, en Gascogne, une peinture affligeante. a La reine de Navarre, dit-il, y eut bientôt dérouillé les esprits et fait rouiller les âmes... Henn eut bientôt appris à caresser les serviteurs de sa femme, elle à caresser les mattresses de son mari ; et tant en les instruisant qu'en se concertant avec elles, la paix et la ' guerre de France étaient entre leurs mains. J'eusse bien voulu cacher l'ordure de cette maison, mais j'ai prêté seiinent à la vérité. » Le prince de Con^é évitait la société du roi de Navarre, quoiqu'il fût de son paili; il l'évitait, parce que, dit Mézeray, ce prince était fort homme de bien et sérieux , et fuyait le libertinage.
On reprocbait à Henri d'avoir sacrifié le prix du sang versé à la bataille de Coutras, en négligeant de faire une glorieuse et solide paix, pour courir dans les bras de la comtesse de Guiche après la victoire.
L'assemblée des siens à la Rochdle voulut limiter ses pouvoirs. Il avoue lui-même, dans