‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 138 sur 359 · DISSOLUTION DES COURS DE LOUIS XIII, DE LOUIS XIV, ETC · texte numérisé non relu

DISSOLUTION DES COURS DE LOUIS XIII, DE LOUIS XIV, ETC

Romoraatin, maltresses avouées de Henri IV; à la liste de ces concubines toutes solennellement intronisées, qualifiées, dotées, Louis XIV ajoute les noms de la Vallière et de Montespan. Aux noms de Henri d'Angoulême, grand prieur de France, un des plus exécrables agents de la Saint-Bartbélemy, bâtard de Henri II ; de * Diane d'Angoulême, bâtarde du même prince, mariée en premières noces au bâtard d*un pape, çt en secondes noces à François de Montmorency; de César, duc de Vendôme, et d'Alexandre, chevalier de Vendôme, frère de .César, et grand prieur de France, tous deux grands pei-sonnages des guerres de la Fronde ; de Henri, évéque de Metz, et ensuite duc de Vemeuil; de Catherine-Henriette, mariée au duc d'Elbeuf ; de Marie-Henriette, abbesse de Chelles; de Charlotte des Essarts, abbesse de Fontevrault, tous bâtards et bâtardes de Henri IV; à cette liste de bâtards, en partie adultérins, tous élevés, dotés, magnifiquement établis au x dépens de l'État, dont plusieurs ont été les fléaux, ajoutez, pour le compte de Louis XIV, un Louis de Bourbon, comte de Vermandois ; une mademoiselle de Blois, princesse de Conti, tous deux nés de la duchesse de la Vallière, que sa tendi-esse, sa modestie et sa fin résignée font excepter de la réprobation infligée aux maîtresses; ajoutez les enfants nés d'un double adultère avec la marquise de Montespan: le duc du Maine, le comte de Toulouse, pour qui les princes du sang, le parlement, la nation entière, furent si étrangement humiliés; le comte du Vexin, abbé de Saint-Denis et de Saint-Germain des Prés, lieux saints où l'horreur de Padultère devait être préchée; mademoiselle de Nantes, mademoiselle de Tours, une seconde mademoiselle de Blois, mariée à Philippe II, duc d'Orléans, régent de France.

Ces éclatantes ostentations de galanterie accrurent les désordres des classes inférieures de la société, et combattirent longtemps, d'accord avec la dissolution générale, contre les mœurs chastes, pudiques et délicates dont l'hôtel de Rambouillet donnait l'exemple, et dont la galanterie retenue d'Anne d'Autriche tempérait la sévérité. Je parlerai avec étendue de ce grand conflit, qui marque une époque

mémorable dans l'histoire de nos mœurs et de notre littérature, supposé, toutefois, que l'his* toire d^une révolution, que n*ont pas vue les historiens du dix-septième siècle, ne soit point un rêve de mon imagination.

Que dirais-je des mœurs de la cour de Louis XV, qui ne soit connu de tout le monde? Ce prince commença conmie Louis XIV, mais il finit comme François I"; non pas de la même maladie, mais d'une maladie contagieuse, qui l'atteignit comme ce premier, dans un excès de débauche et de crapule (i). Son amour pour madame de Mailly fut enveloppé de quelque mystère; sa liaison avec madame de Vintimille, sœur de madame de Mailly, fut publique; la troisième sœur, la marquise de la Toumelle, qu'il fit duchesse de Châteauroux, fut affichée; il la mena avec lui à l'armée, où elle fut reçue avec mépris; elle fut chassée de Metz, où le roi tomba malade; rappelée après la convalescence, elle mourut Madame d'Étiolés, marquise de Pompadour, coquette subalterne, prit sa place ; le roi ayant été blessé d'un coup de canif par Damien, la renvoya; il la rappela, et elle mourut chargée de malédictions, comme coupable de la guerre de Sept-Ans. Après elle, vint madame du Barri, que Paris avait comptée entre les prostituées publiques.

Ces mœurs durèrent jusqu'au règne de Louis XVI, dont la froideur pour Marie-Antoinette rappela, longtemps, les commencements de Louis XIII avec Anne d'Autriche.

Les légèretés de Marie-Antoinette favorisèrent le débordement général; et la fatale complaisance de Louis XVI pour les déportements xlu comte d'Artois, dont les profusions et les galanteries semblaient être une continuation de celles des rois ses aïeux, cette fatale complaisance les rendit plus contagieuses que n'eussent été celles du roi lui-même , et lui firent perdre, aux yeux de la nation, le mérite de sa fidélité à la couche conjugale, et à la modération naturelle de ses habitudes.

(i) La petite vérole, prise au Parc-aux-Cerfis , où le roi avait un harem.

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