CHAPITRE V
Des cours de Louis XIII , Louis XIV et Louis XV.
A Henri IV succéda Louis XIIl. W n'eut point de maltresse ; mais Anne d'Autriche, sa femme, eut des amants. La galanterie continua; seulement, elle prit à la cour un autre caractère; elle cessa d'être effrontée ; elle devint modeste, discrète, presque chaste: Une reine ne pouvait donner à ses amants l'éclat que le roi donne
toine de Bourbon, comte de Moret, eu 1607, légitimé en 1608.
Des Essarts (Charlotte), comtesse de Romorantin , succéda à la comtesse de Moret. Elle eut du roi deux filles ; Tune fut abbesse de FontevrauU, Tautre de Ghelles. Abandonnée du roi, elle fut entretenue par le cardinal de Guise ; ensuite elle épousa le maréchal de THôpiUl.
Ce fut alors que se déclara la funeste passion du roi pour Charlotte de Montmorency, qu*ii maria au prince de Condé; qu'il séduisit; qu'il voulut ensuite haotement ravir à son mari; pour laquelle il résolut de porter la guerre dans les Pays-Bas, où le prince de Condé Tavait conduite; pour laqueUe, en un mot, il s'aliéna tous les esprits qui avaient gardé quelque respect pour les mœurs, et enhardit le fanatisme, qui l'assassina l'avant-veille de son départ pour l'armée. J'ai fait, trës-fidèlement , je crois, l'histoire de cette catastrophe dans un drame historique, intitulé la Mort de Henri IV. (Voyez Théâtre historiqtte, t. I de cette collection, p. 341.)
à ses maltresses, ni les déclarer, ni les avouer, ni leur permettre de se déceler eux-mêmes; une reine risquait tout au scandale d'une liaison criminelle, son honneur, son état, sa liberté, sa vie. Il devint donc à la mode d^ajouter la retenue, la discrétion, le mystère, aux amours passionnés; de donner aux plus faibles jouissances un prix infini; de se contenter du langage des yeux, de communications moins directes encore pour Tintelligcnce des cœurs. C'était une conséquence nécessaire de la situation où se trouvait une reine jeune, aimable et belle. Anne d'Autriche ayant laissé voir son penchant pour Pamour, et se trouvant liée à un mari froid et sévère, les courtisans et même les hommes de lettres, alors fort répandus, s'intéressèrent à sa situation. On conçoit aisément que Tesprit se soit exalté alors dans les romans, dans toutes les sociétés d'élite, à l'hôtel de Rambouillet qui venait de naître; on conçoit que les amours délicats aient pris, alors, un grand avantage sur les amours grossiers ; que la galanterie, mêlée de romanesque, l'ait emporté sur la galanterie erotique ; qu'on ait voulu de la retenue dans les passions amoureuses, du respect dans les désirs, de profonds chagrins dans les disgrâces, de fortes résolutions dans les contrariétés, une constance à l'épreuve des longues séparations. Rien de tout cela ne venait ni de la littérature espagnole, comme on l'a dit, ni des habitudes d'Anne d'Autriche, ni de la tournure de son esprit; mais de sa complexion et de sa position à la cour de France.
Ce changement eut lieu à la cour, et dans quelques sociétés mixtes de la capitale. Les mœurs de la multitude suivirent la marche désordonnée qui leur avait été imprimée par la cour de François ^^
Le commencement et le milieu du règne de Louis XIV, ramenèrent le scandale de celui de Henri IV. Les maîtresses avouées recommencèrent ; les bâtards se multiplièrent iie nouveau, et reçurent de nouveaux honneurs. A la liste des maîtresses de François I*S à la comtesse de Châteaubriant et à la duchesse d'Étampes; à l'Écossaise Flamin et à la duchesse de Valentinois, maîtresses de Henri 11 ; à la duchesse de Beaufort, à la marquise de Verneuil, à la comtesse de Moret , à la comtesse de