DE LA FIN DES RÈGNES DE LOUIS XIV ET DE LOUIS XV
splendeur pour la France^ où Louis XIV^ après de brillantes conquêtes, possédait plus de cent citadelles fortifiées par Vauban , plus de cent vaisseaux de ligne ; temps où les sciences^ les arts florissaient dans nos grandes cités, où les fêtes, les spectacles^ les plaisirs de tout genre se succédaient sans interruption à la cour et dans la capitale, ce prince^ enivré^ s'abandonnait à toutes ses fantaisies pour les femmes. Sans rompre avec madame de Montespan , il afficha madame de Ludre^ ensuite mademoiselle de Fontanges, dont il eut un fils^ qui mourut peu après sa naissance^ et auquel elle M survécut que quelques mois : elle mourut avec le titre de duchesse^ et laissant dix mille éeus de rM(as qu'elle méprisail, ne voulant, dit madame de Sévigné^ que le cœur du roi^ qu'elle n'avait pas. Dans le même temps encore^ commençait Tincilnation du roi pour madame de Maintenon. Ces exemples n'étaient pas perdus pour la cour; ils y avaient amené un tel débordement, que ce n'étaiêtU plits les hommes qui priaient les femmes y c'étaient les femmes qui priaient les hommes. La Bruyère nous apprend qu^alors les femmes, pour réveiller des sens fatigués, et ranimer des désirs auxquels elles ne laissaient pas le temps de renaître, épuisant en vain Tart de la parure, se mirent a à peindre leurs lèvres, leurs joues, leurs sourcils ; arrondirent leurs joues, en mettant des boules de cire dans leur bouche ; étalèrent les épaules, la gorge, les bras, les oreilles, comme si elles craignaient de cacher l'endroit par où elles pourraient plaire, ou de ne pas le montrer assez (1). » Elles trouvèrent la satiété inexorable, et échouèrent devant le dégoût, plus impitoyable que la haine.
C'est à cette époque que commencèrent ces amours que Buss/ appelle à l'italienne (2). « La facilité des fenmies, dit^il, les avait rendues si méprisables à la jeunesse, qu'on ne savait presque plus à la cour ce que c'était que de les regarder. )>.
Daugeau parle de ces amours dans ses Mémoires : a Lundi 25 décembre 1684 , dit-il, le roi et Monseigneur passèrent presque toute la
(1) Chap. des Femmes, p. 1 1 3 ; et chap. de la Cour, p. 222, édit. in-4**.
(2) X<i France Ualikanisée^ ouvrage pleio de détails sur œ sujet
journée à la chapelle. Le père Bourdaloue prêcha, et, dans le compliment d'adieu au roi, il attaqua un vice qu'il conseilla fort à Sa Majesté d'exterminer dans sa cour. Ce sermon fut fort remarquable. »
Voici ce que disait ce sermon, qui traitait de la nativité de Jésus-Christ : « L'hérésie abattue, l'impiété réprimée, le duel aboli, le sacrilège recherché et hautement vengé, tant d'autres monstres dont Votre Majesté, Sire, a purgé la France, et qu'elle a bannis de sa cour, seront d'éternelles preuves de sa piété. Le diraije néanmoms? et pourquoi ne le dirais-je pas, puisqu'il y va des intérêts du Seigneur, et que je parle devant un roi à qui les intérêts du Seigneur sont si chers ? De ces monstres que Votre Majesté poursuit, et contre qui elle a déjà si heureusement employé son autorité royale, il en reste encore. Sire, qui demandent votre zèle, et tout votre zèle. V Écriture me défend de les nommer; mais il suffit que VoUre Majesté les connaît et qu'elle les déteste; elle peut tout, et la seule horreur qu'elle en a TX)nçue sera plus efficace que toutes les lois pour en arrêter le cours. Ils ne soutiendront pas sa disgrâce, ni le poids de son indignation ; et quand elle voudra, ces vices honteux au nom chrétien cesseront d'outrager Dieu et de scandaliser les hommes. »
La Bruyère parle (i) a de jeunes gens de la coureurs, féroces, sans mœurs, qui se trouvent affranchis de la passion des fenmies dans un âge où Ton commence ailleurs à la sentir, et leur préfèrent des amours ridicules, »
Les Mémoires publiés sous le nom de la duchesse d'Orléans (2) , mère du régent, par un homme très-versé dans les détails de la cour de ce temps-là, rapportent à ce sujet une anecdote fort remarqud)le :
a Louis Xrv était, comme on dit ici , franc du collier; il n'a jamais eu le moindre penchant au vice contre nature. S'il avait suivi ses inclinations, il aurait sévèrement puni ce crime; mais Louvois, dont les amis s'y livraient pour la plupart, disait au roi, pour lessauver,que cela valait mieux, pour le service de Sa Majesté, que s'ils aimaient les femmes; car, lorsqu'il fallait aller à la guerre et entrer en campagne, on ne
(1) Chap. de la Cour.