‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 159 sur 359 · CHAPITRE Vlï · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlï

De quelques bons effets des mœurs galantes.

11 est établi, par ce qui précède, que la galanterie est ce qu'on peut appeler le caractère français, ou plutôt, le trait dominant du caractère français; que la galanterie se compose dlncontinence, de vanité, d'intrigue, etde tout leur cortège.

IL ne s'ensuit pas de là que le Français soit tout vanité, tout intrigue , tout inconthience danss le sens rigoureux de ces mots, et ne soit que cela.

Il ne faut pas se persuader, non plus, que ces mots désignent des vices absolus, sans mélange, sans retenue, toujours en évidence et en action.

Les traits caractéristiques, les traits dominants ne sont, pourtant, pas les seuls d'une figure ou d'une physionomie morale. L'incontinence a des degrés, elle a des formes diverses, elle a des freins différents suivant les personnes. La vanité ne rejette pas ab3olun)ent l'utilité, ne se refuse pas toujours à ce qui est honorable. L'intrigue qui sert à la défense n'est pas aussi condamnable que celle qui attaque; l'intrigue dirigée vers un but louable, prend le non à^entregent dans les petites choses , et d'habileté dans les grandes.

Je le déclare donc :

Je n'ai pas prétendu faire la satire de nos mœurs, mais ébaucher leur histoire. Je ne méconnais point les qualités qui sont mêlées à nos défauts. Dans le Français, les imperfections, les vices même ne sont jamais complets

et absolus, non plus que les vertus ne sont accomplies. Nous sommes des composés fort mélangés. Les institutions les plus vicieuses ne peuvent pas dépraver en nous tout ce que la nature y a mis de bon, pas plus que la prédication ne peut faire parmi nous une conversion parfaite.

La galanterie, qui est contraire à l'esprit de famille (grave sujet de reproche), a le mérite de faire obstacle à Tégoïsme, d'être un tempérament de l'ambition, de donner de l'aversion pour la cupidité et pour les choses ignobles.

Elle inspire la générosité, elle habitue même à un certain respect pour la faiblesse. C'est par elle que le sexe est plus assuré de sa parité avec les hommes, et mieux préser\'é de toute tyrannie dans la vie domestique. En considération de ces services, il n'est pas impossible de pardonne^ h la galanterie d'avoir donu''au sexe au delà de l'indépendance sociale, je veux dire la domination.

Le commerce de la galanterie impose aux hommes une certaine franchise, parce que les femmes, qui ne craignent rien autant que la fausseté et la trahison, ont voué ces vices au plus sanglant mépris.

Il impose une certaine noblesse et une certaine dignité de ton et de manières, parce que les femmes ne veulent pas faire leur esclave d'un esclave, leur conquête d'un homme sans honneur, leur propriété d'un homme inutile.

Nous devons au commerce des femmes, par la galanterie, notre caractère sympathique, communicatif, liant, notre urbanité, notre politesse, notre aménité. « Il est plus facile , dit l'auteur des Lettres persanes y à un Asiatique de s'instruire des mœurs d'un Français en un an, qu'il ne Fest à un Français de s'instruire des mœurs d'un Asiatique en quatre. La galanterie donne du goût, de la grâce, de la légèreté, de la gaieté à la politesse, et la dégage de toute apparence de bassesse. Elle affile l'esprit et affine les âmes. Je me sers de deux expressions de Montaigne.

L'élégance des manières est encore relevée par celle de la parure. « Le Français, dit Raynal , domine dans les cours au moins par sa toilette; son art de plaire est un des secrets de sa fortune et de sa puissance. D'autres peuont maîtrisé le monde par des mœurs

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