‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 162 sur 359 · INFLUENCE DE FRANÇOIS I" SUR LES MOEURS POLITIQUES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE FRANÇOIS I" SUR LES MOEURS POLITIQUES

Bretagne^ le Languedoc, la Bourgogne, s'occupaient seuls des intérêts de la nation. Point de carrière ouverte à l'éloquence et au savoir politique; point de gloire politique à espérer; partant, point d'émulation, nulle habitude de conversation, ni d'étude, ni d'observation contractée dans la vue d'élire ou d*étre élu à une représentation nationale , et d'y figurer avec honneur.

U ne faut, donc, entendre ici par mœurs politiques que les habitudes qui se rapportaient à l'ambition et à l'exercice des emplois publics, qu'on appelait le service du roi, c'est-à-dire de l'administration et du service de sa maison. Je les appelle mœurs politiques, plutôt par opposition aux mœurs domestiques et de société privée dont j'ai parlé, que d'après leur nature ; car elles étaient dénuées de tout esprit public.

Que pouvaient-elles être dans le système social dont nous avons essayé de marquer les principaux traits? J en ai déjà donné une idée au chap. V du livre précédent : en parlant de Vintrigtiey attribut de la galanterie, j'ai été entraîné à parler de l'intrigue d'ambition, qui se mêle ordinairement à la première, et j*ai cité à cette occasion un récit des Lettres persanes. L'intrigue d'ambition, manœuvrée paroles femmes, n'est pas le seul trait qui caractérise les mœiu*s politiques des Français du dixhuitième siècle. Pour s'en faire une idée complète, il est nécessaire de résumer ici les prhicipales notions répandues dans ce qui précède.

J*ai annoncé au chap. ^' que j'avais dessein d'établir deux propositions : <c la première, que de la coiu* de François I*' dataient les mœurs dont la France était infectée avant la révolution (c'est ce que j'ai tâché de faire jusqu'ici) ; la seconde, que de cette cour et de ces mœurs date le système de gouverner l'État par la cour, c'est-à-dire les intérêts publics selon les intérêts de cour, par les gens de cour et leurs affiliés, par les mœurs de cour, par l'esprit de cour, par l'expansion de ces mœurs et de cet esprit jusque dans les dernières classes de la nation (i). d

Pour établir ma preuve, voici ce que j'ai dit:

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Avant François I", les rois avaient une famille, une garde, des domestiques, et de grands officiers de la couronne, lesquels étaient indépendants, puissants même; ils n'avaient point de cour habituelle et permanente, si ce n'était leur domesticité. Les femmes n'avaient entrée ni à la cour du roi, ni dans la maison de la reine, qui n'était, à la lettre, que la fenune du roi. Il n'existait donc ni esprit de cour, ni mœurs de cour, ni nation de cour, ni patronage,#ni clientèle de cour, ni donûnation de cour.

François I«' changea ce système, en commençant par sa maison. Il y mit plus de règle et, en même temps, lui donna plus d*attrait. Pour établir la règle, il réduisit les grands officiers de la couronne à une domesticité d'honr neur; il multiplia les services et les offices pour chaque service; il marqua des grades entre des services jusque-là réputés égaux; ces grades furent très-rapprochés; le commandement descendit de l'un à l'autre; les places furent distribuées suivant les extractions des personnes appelées à les remplir; on distingua le service d'honneur du service noble, et celui-ci du service anoblissant, qui fut ensuite séparé du ser\ice auquel était admis le commun état. L'obéissance devint ainsi générale et inévitable. A la supériorité de pouvoir se joignait la supériorité delà naissance. Le monarque trouvait dans ce système le moyen d'assurer, nonseulement la soumission à ses ordres, mais aussi le dévouement à sa personne ; en unissant et en conférant ensemble les avantages du pouvoir, de la richesse, de la naissance, des titres et des dignités, il ne donnait pas moins d'importance aux jouissances de la vanité qu'à celles de la fortune et du pouvoir. U donna un nouveau prix aux honneurs de sa maison en y faisant entrer des femmes; en les y multipliant par la création de maisons pareilles à la sienne pour la reine, pour la duchesse d'Angoulôme, sa mère, pour sa sœur; il séduisit et corrompit un grand nombre de ces femmes, toutes choisies entre les plus jeunes et les plus belles; il les, livra, elles et ses courtisans, à leur séduction et à leur corruption réciproques. Sa cour fut bientôt réputée la plus voluptueuse et la plus attrayante de l'Europe; alors,

les grands, même les princes de l'Église, y af- I fluèrent; et cette affiuence la grossit au point

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