INFLUENCE DE FRANÇOIS I
de rendre les disliiicUons nécessaires entre les courtisans Tolontaires, comme elles l'avaient été entre les officiers de la maison du roi et ceux des maisons afflliées.
Il fallut séparer la cour de la ville comme on en avait séparé la maison du roi, et marquer des rangs à celle foule empressée. Des conditiofis de naissance, des dignités, des litres, furent imaginés pour opérer cette distinction. Aux ducs, aux comtes et aux barons, titres anciens des seigneurs français, furent ajoutés les marquis à la fin du seizième siècle; aux dues et pairs, furent ajoutés des ducs à duchés sans pairie ; ensuite des ducs à brevets. Il y eut aussi des comtes à pairie, des comtes à comté, des comtes à brevet. Les marquis à brevet pullulèrent à côté des barons et des comtes, qui avaient fait ériger leurs terres en marquisats.
Nous avons observé qu'en distinguant la cour du reste de la nation , le monarque avait eu soin de ne pas en rendre l'abord impossible au conmiun état; que la charge de valet de chambre ayant été rebutée par la noblesse , il la fit anobhssante, ainsi que celle d'huissiers du cabinet, de valets de garde-robe , et beaucoup d'autres, et, par ce moyen, ouvrit une porte à la partie élevée du tiers état pour entrer au service de la maison; nous avons vu, enfin, qu'une nouvelle forme d'anoblissement fut substituée à l'ancienne; qu'on rétablit un ancien rit de chevalerie , et qu'en faisant d'un bourgeois un noble, le monarque le fit écuyer; de sorte que ce bourgeois entrait en même temps dans les rangs de valet de chambre, ou de valet de garde-robe, et dans l'ordre de là chevalerie, dont le grade d'écuyer était le grade inférieur; il se trouvait ainsi, tout à coup, devenu un personnage fort différent de ce. qu'il était la veille, de ce qu'était toute sa famille, de ce qu'était la nation tout entière.
Ce système semblait indiquer à la haute bourgeoisie le but qu'elle pouvait se proposer en établissant ses fiHes, et jusqu'où elle pouvait prévoir l'avancement de sa descendance.
Mais ce n'était pas assez d'exciter la vanité de quelques bourgeois opulents, par l'attrait de certains emplois de cour; il fallait aussi exciter l'ambition et la cupidité du grand nom-
bre, et se rendre maître d'une partie des hommes vivant dans la médiocrité même.
Jusque-là, il est de fait que tous les Français, quelle que fût leur extraction, parvenaient aux plus hautes dignités de la robe, de l'épée, de l'Église. La plupart des seigneurs féodaux dédaignaient les emploi*, et ne s'occupaient guère de s'en rendre dignes; la grandeur, c'était la seigneurie , dont la chevalerie bannerette était une dépendance. Le conunun état remplissait seul toutes les places , subvenait seul à tous les besoins de la société (1). En 1^98, sous Henri IV, un publiciste judicieux, Matharel, établit, dans son ouvrage contre Hofman, que la eonstitution du royaiune de France est si excellente, qu'elle n'a jamais exclu et n'exclura jamais les citoyens nés dans le plus bas étage, des dignités les plus relevées. Le président Hénault, qui cite Matharel, apj[>uie son opinion.
L'admission de tous les Français aux grandes places ne résultait pas de l'excellence de la constitution, comme le pense Matharel, mais du vice du gouvernement féodal, qui dédaignait tout emploi où il fallait du mérite. Toutefois, de la libre concurrence aurait pu naître une vive émulation de servir le prince et l'État. Mais les charges étaient peu nombreuses, en comparaison de leur nombre actuel. Le prince n'avait que rarement l'occasion de couronner le mérite éminent.
Rien n'enchatnait la multitude à son pouvoir et à son influence; rien ne liait entre eux les particuliers, et ne les soumettait à l'autorité royale. Pour disposer le grand nombre des notables bourgeois à recevoir les influences royales, il fallait faire pour le gros de la nation ce qui s'était fait pour la cour : d'abord, multiplier les emplois dans tous les grades; ensuite, rapprocher ces grades; il fallait avoir beaucoup à donner, beaucoup à promettre, beaucoup à faire désirer; en un mot, exciter l'ambition et la cupidité. On remplit ce double objet.
On fît autre chose pour associer la vanité à l'intérêt; on classa les charges et emplois sous trois grandes divisions. La première, comprenait les places du service d'honneur à la
(I) Espr'U de la révoltUUm, ch. ii. {Voir au troisième volume de celle collection.)