‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 184 sur 359 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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Nous avons vu la corruption des mœurs générales se répandre de la cour de François F sur la nation entière (i), et le spectacle de la société infectée de ces mœurs nous a laissé de pénibles impressions.

Mais un dédommagement s'offre à nous:

c'est le tableau d'une société d'élite^ où se développèrent les germes que la noble cour de Louis XII et d'Anne de Bretagne avaient répandus en France, et que n'avaient pu totalement étouffer les influences de la cour de François I*'. Cette société s'éleva avec le dix-septième siècle au sein de la capitale ; unit les deux sexes par de nouveaux liens, par de nouvelles affections; mêla les hommes distingués de la cour et de la ville, les gens du monde poli et les gens de lettres; créa des mœurs délicates et nobles, au milieu de la plus dégoAtante dissolution; réforma et enrichit la langue, prépara l'essor d'une nouvelle littérature, éleva les esprits au sentiment et au besoin de jouissances ignorées du vidgaire.

Le berceau de cette révolution fut l'hôtel de Rambouillet, cet hôtel regardé, depuis la fin du siècle passé, comme l'origine des affectations

(l> Cim$éfmat€€s du règne de FramçoU I*^y fomant (daos ceTolume) la 3* |>artie des Mémo^espour tervir à r histoire de LouU XII et de François I».

de mœurs et de langage ^ et qui fut dans le grand siècle, et pour tous les grands écrivains qui l'illustrèrent, pour Corneille, pour Boileau, pour la Fontaine, pour Racine, pour Molière même, oui pour Molière, plus que pour aucun autre, l'objet d'une vénération profonde et méritée.

Sans doute, et c'est un malheur fort ordinaire dans la société, au mOieu des esprits élégants et délicats que rassemblait l'hôtel de Rambouillet, se trouvèrent des copies chargées et ridicules, qui présentaient des affectations mensongères et hypocrites à la place des nobles délicatesses de leurs modèles; mais ce n'était pas le grand nombre.

Au milieu du siècle, quand la marquise eut marié sa fille Julie au duc de Montausier, qui était gouverneur de l'Angoumois, sa société se dispersa; les habituées principales se firent leur cercle particulier; alors les caricatures 'établirent leur réduit, leur cabinet, leur alcôve; et là, libres et dégagées de l'autorité des bons exemples, elles donnèrent l'essor à leurs prétentions, et entrèrent dans tout leur ridicule*

Il était naturel que l'effronterie des mœurs générales ne distinguât rien dans ce mélange, et qu'elle s'élevftt également contre les casipatures et contre les modèles, contre la décence et contre la préciosité^ contre l'honnêteté et la pruderie, contre la délicatesse et l'affectation; la licence confondit tout, et rendit tout ri^cule. Molière vint. Le talent du poète comique sup-

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