‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 185 sur 359 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

pose une vive sympathie avec le sentiment général des ridicules^ sans exclure^ sans doute, Tappréciation du fond des choses, mais aussi sans y disposer. Peut-être Molière^ entraioé par cette sympathie si vive en lui; ne s'appliqua-t-il pas assez à discerner^ dans les mœurs dont le public était disposé à rire, le vrai du faux, l'exagération d'avec le naturel noble et choisi, et les affectations hypocrites d'avec un juste éloignement pourTimpudence du vice. Il est néanmoins certain, et il sera prouvé que la guerre de Molière et de ses amis contre ce qu'ils appelaient les précieuses^ a été fort mal entendue dans le siècle dernier, qu'elle Test toujours plus mal^ à mesure que nous avançons ; il est de fait^ que l'unique intention de Molière a été d'attaquer les affectations et l'hypocrisie des Peckes (ou Pécores) provinciales et bourgeoises; qu'il respectait^ non pas Thôtel de Rambouillet^ qui ne subsistait plus de son temps, mais les personnages qui en restaient, notamment le gendre de la marquise^ ce duc de Montausier dont il emprunta plusieurs traits pour peindre l'austérité de principes et de goût, et pour en orner le haut caractère de son Misanthrope. Et cependant, on nous assure aujourd'hui qu'il en voulait à la société de l'hôtel de Rambouillet , dissoute depuis près de quinze ans quand les Précieuses ridicules ont paru.

Les écrivains* qui accréditent cette erreur ne remarquent pas que^ si leur opinion était juste, la gloire de Molière, qu'ils croient rehausser, serait au contraire rabaissée : car, s'il était vrai qu'il eût fait la guerre à la marquise de Rambouillet, à sa fille Julie, aux Sévigné, aux la Fayette, aux la Suze^ au lieu de la faire seulement aux Scudéry, on pourrait dire qu'il est sorti vaincu d'un côté, étant vainqueur de l'autre. En effet, s'il a purgé la langue et les mœurs des affectations hypocrites et ridicules des Peckes, d'un autre côté , les femmes illustres qui ont survécu à l'hôtel de Rambouillet et en avaient fait partie^ ont banni du langage et des mœurs, des grossièretés et des scandales qu'il protégeait, et y ont apporté des délicatesses et des charmes dont elles ont eu les premières le sentiment. La gloire de Molière, et celle des femmes illustres du temps, sont intéressées à ce que la postérité reconnaisse la différence de leur tâche, qui n'avait rien d'opposé, l'une étant

de purger la société d'un ridicule^ l'autre d'y introduire un mérite nouveau : cette tâdie, il faut leur savoir gré de l'avoir également bien reinpiie.

Il est assez remarquable que ces critiques sans ménagement pour l'hôtel de Rambouillet, et qui s'accordent à lui imputer le mauvais goût, et les mœurs hypocrites d'une partie du siè«3le de Louis XIV, font cependant concourir, par une contradiction bizarre, plusieurs causes étrangères au règne de ces deux calamités.

Plusieurs en attribuent une grande part au roman de VAstrée, et à la multitude de romans faits sur ce modèle;

Plusieurs, au bel esprit de Voiture;

D'autres, à la cour de Marie de Médicis et à ses cercles, où les pointes, les jeux de^nots, les concetti, que sa cour avait apportés dltalie, acquirent de la vogue ;

D'autres, à la cour d'Anne d'Autriche, bellefille de Marie de Médicb, qui introduisit, ditron, en France, l'esprit des romans espagnols.

Dans ces différentes suppositions, lliôtd de Rambouillet n'aurait eu que le tort de développer et de répandre l'esprit dont il aurait été infecté par des influences étrangères.

Mais il n'est pas plus juste de lui en reprocher l'adoption et l'expansion, que de lui en imputer la naissance.

La même méprise, qui fait imputer à l'hôtel de Rambouillet la préciosité des manières et du langage, fait méconnaître les services qu'3 a rendus aux mœurs, à la langue ménoe et à la littérature, et lui dérobe une gloire qui lui appartient.

On attribue exclusivement à Mdière, à Racine, à Boileau et aux écrivains de leur temps, répuration de la langue et sa beauté. La vérité est que madame de Sévigné, dont pas une locution n'a vieilli. Descartes, Pellisson, Pascal; Malherbe, Régnier, Corneille, avaient écrit longtemps avant qu'aucun des écrivains du siècle de Louis XIV eût paru dans la littérature, même avant le règne de ce prince. Nous verrons la part inunense que les femmes ont eue à cette formation de la langue. C'est uo des objets de cet ouvrage.

Pour faire aux célébrités glorieuses, et aux noms ridiculement fameux du dix-septième siècle, la part de louange ou de mépris qui leur

CHAHTRE II.

est due^ il m'a été nécesslûre de diviser ce «ède en périodes historiques d^environ dix années.

La première comprendra de iOOO à i6IO^ c'est-à-dire depuis l'époque du mariage de Henri IV avec Marie de Médicis, et de Catherine de Vivonne avec le marquis de Rambouillet, jusqu'à l'époque de la mort de Henri IV et de la formation de la société de Rambouillet.

La deuxième comprendra l'espace de 1610 à 1621, c'estrà-dire le temps où commencent le règne de Louis XIII, la régence de Marie de Médicis, la célébrité e^ Téclat de l'hôtel de Rambouillet, et Tépoque du ministère du cardinal de Richelieu.

La troisième comprendra de 1621 , depuis ie ministère du cardinal de Richelieu jusqu'à 1631, époque de son pouvoir absolu.

La quatrième, de 1631 à 1643, période dans laquelle moururent Louis XUI, Luynes, le cardinal de Richelieu et Marie de Médicis. Pendant sa durée, Fhôtel de Rambouillet fut dans toute sa splendeur.

La cinquième, de 1643, époque de la minorité de Louis XTV, de la régence d'Anne d'Autriche, et du gouvernement <hi cardinal Mazarin, à 1652, époque où finit la Fronde et où Louis XIV entra dans sa majorité.

La sixième, de 1652 à 1661 , époque de la mort du cardinal Mazarin, et du gouvernement de Louis XIV en personne.

La septième, de 1661 à 1671, qui comprend depuis la nomination de madame de Montaûsîer à la place de gouvernante de M. le Dauphin , et le commencement du règne des maîtresses du roi, jusqu'à la nomination de nadame Scarron à la place de gouvernante des enfants naturels du roi*

La huitième et dernière, de 1671 à 1683, qui comprend le commencement et les progrès de madame de Maintenon dans la faveur du roi; le retour du roi vers la reine, opéré par madame de Maintenon; la mort de la peine.

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