‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 187 sur 359 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

En 1609^ Henri mit le comble aux ressentiments de la reine^ et au scandale de la cour et de la ville , par sa passion effrénée pour Charlotte de Montmorency^ qu'il avait mariée au prince de Condé, son neveu, et^ selon plusieurs^ son fils (i).

Cette fois^ ce n'était pas la jalousie seulement qui faisait le tourment de la reine^ c'était une fort légitime inquiétude sur son sort^ sur le sort de son fils; et comme Henri lY avait répudié Marguerite de Valois pour Tépouser, elle craignait d'être répudiée à son tour pour faire place à la princesse de Condé : ainsi ^ au 'supplice de Famour négligé se joignaient le tourment de l'orgueil profondément blessé^ le sentiment des droits les plus sacrés^ outrageusement menacés^ un esprit de vengeance sans retenue.

Henri fut assassiné. En pleurant ce prince^ on lui reprocha sa mort même; ce furent^ en ef ret^ son malheureux amour pour la fenune de son neveu , la persécution du jeune époux, et les pi-éparatifs d'une guerre sans autre objet que celui de tirer la belle Charlotte de la cour de Bruxelles , où le prince de Condé l'avait conduite^ qui rallumèrent cet esprit de la Ligue que Henri, alors dans sa sagesse et dans sa vertu, avait pris tant de soin à calmer et à éteindre^ cet esprit qui arma un bras fanatique contre lui (2j.

(1) Sully dit un jour au prince de Condé, qui se plaignait du roi : « Je vous ai entendu reoonnoitre « plusieurs fois que vous tenez de sa bonté tout ce que H VOUS êtes. » Sully, édition de Petitot, t. VUI, p. 143.

L*Êcluse, t. y, p. 283, cite, en note, une réponse du roi au reproche de tyrannie que lui faisait le prince de Condé : « Je n*ai fait en ma vie acte de tyrannie « que quand je vous ai fait reoonnoitre pour ce que • vous n*étlez point. »

Ces paroles se rapportent à la cassation ordonnée par le roi d'un arrêt qui déclarait enfant adultérin le prince de Conié.

La marquise de Verneuil , qui, comme la reine, était jalouse de Charlotte de Montmorency, dit au roi en bût^ffonnant : • N*étes-vous pas bien méchant de « vouloir coucher avec la femme de votre fils ? » Ces citations ne sont-elles pas un commentaire fort clair des paroles de M. de SuUy : « Vous tenez de sa bonté tout ce que vous êtes. >

(2) Indices contre le prince de Condé et Marie de iiédkis, au sujet de Vassassinat de Henri IV.

nenri aimait passionnément mademoiselle de Montmorency. Il la maria au prince de Condé (qui

C'est au rniHeu de celle conr de Henri IV, dont nous venons de parier, que se fomut b société de l'hôtel de Rambouiltet

La première année du dix-septièBse siède, Tannée i600, époque du mariage de H^ IV

passait pour être son fils). Après le mariage de la princesse, il continua h intriguer près d'elle. Od a cm qu'elle répondait aux sentiments du roi. 11 écrivit un jour à Sully : « Le prince fait le diable. •

Trois personnes furent jalouses de la princesse de Condé, savoir : la maîtresse en titre, qai était la marquise de Yemeuil, la reine, le prince de Condé.

La première se vengeait par des sarcasmes. «Vom voalez, disait-elle au roi avant le mariage, la maiiar à votre Tils (car vous m'avez dit qu'il l'était), pour la lui enlever. * Après le mariage, elle disait : « Le roi a voulu abaisser le coeur au prince de Condc, el lai élever la tête. • (Mémoires de Sully, t. V.)

Mais la reine et le prince de Condé étaient farieai. On lit, dans les Mémoires de Sully, qu'après la mort du roi le prince de Condé écrivit k la reine : • Vois savez pourquoi j'ai quitté la France : wms/aiskm ca^te commune. » (Ibid.)

Le prince de Condé emmena sa femme à Bruxelles. Le roi entra en fureur ; il voulait faire la guerre à l'archiduc, qui avait reçu le prince et la princesse

Au mois de février 1610, il lui Ût faire uae sommation de rentrer en France. Le prince s'en alla à Milan , laissant sa femme à Bruxelles. C*est trois mob après cette sommation que le roi est tué par Raviillac.

On lit dans V Histoire universelle anglaise^ i. XXXI, p. 259, que Ravaillac avait été vu, peu de temps avant l'assassinat, à Bruxelles ; circonstance qui ne se trouve dans aucun livre français.

Péréiixe s'exprime ainsi : « Si l'on demande qael dé* mon poussa Ravaillac, VfUstorien (notez ce mot) répond qu*U n*en sait rien, • C'est comme s'il avait dit : Les particuliers le savent bien. Il ajoute : ■ Il n'est pas permis, en chose si importante, de faire passer des soupçons et des cor^ectures pour des vérités assuré». » Les moteurs du crime n'avaient donc pas échappé aux soupçonset aux conjectures, « Les juges mêmes qai l'interrogèrent (Ravaillac) n^osèrent en ouvrir labenche, et n'en parlèrent jamais que des épaules. • (P. 431)

La grandeurdes personnages était donc bien importante ! Le président Hénault dit en parlant de la reioe: « Princesse dont la tin fut digne de pitié, mais d'an • esprit trop au-dessous de son ambition, el qni M « fut peut-être pas assez surprise et assez tf/O/^ ^ « la mort funeste d*un de nos plus grands rois, • Ce mot pas assez surprise laisse à douter si elle fut à la tète du complot, ou seulement instruite de celot du prince de Condé ; car le soupçon flotte entre les deoi, relativement à cette qualité de chef : il est probable qu'ils s'accordèrent ; mais le prince de Condé, le plus offensé, le plus ardent, qui vit sans doute Ravaillac à Bruxelles, était probablement le chef.

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