‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 188 sur 359 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

vrec Marie de Médicis, fut aussi celle du mariage de Catherine de Viyonne^ âgée de sei^e ans^ avec Charles d'Àngennes, marquis de Rambouillet.

Quelle que soit la corruption générale d'une grande nation^ même d'une grande cour^ il s'y trouve toujours quelques familles où se conserve rhonnèteté des mœurs^ où la raison^ le choit sens^ la bienséance exercent leur légitime empire, où les bons principes sont héréditai* res, comme certaines conformations : tel est d-ordînaire le privilège des familles nombreuses qui s'entretiennent, par les sympathies mutuelles de leurs membres, dans les traditions de vertus où elles sont nées. Tel fut le caractère des familles de Vivonne et d'Angennes.

Catherine de Vivonne était fille de Jean de Vivonne, marquis de Pisani. Henri IV, qui ainudt et considérait particulièrement Pisani, l'avait chargé de négociations importantes. 11 avait été gouverneur de Henri, second prince de Coadé, mari de Charlotte de la Trémouille. Catherine de Vivonne était petite-fiUe, par sa mère, de Clarice Stroszi, parente de Catherine de Médicis; elle était donc alliée des trois derniers Valois (I), alliée aussi de Marie de Médicis, femme de Henri IV.

Charies d'Angennes» marquis de Rambouillet, était d'une famille inébranlable dans sa fidélUé à Henri IV. De huit frères qu'ils étaient, aucun n'entra dans le parti de la Ligue (2); mérite qui n'appartient, peut-être, qu'à cette famille, toute nombreuse qu'elle était.

La marquise de Rambouillet joignait, aux avantages de la naissance et de la jeunesse, une grande fortune. Elle était belle, bonne, spirituelle. Tels furent les premiers fondements de la haute considàration qu'elle devait bî^t^t acquérir.

Les jeunes époux s'établirent, en se mariant, dans l'hôtel du marquis de Pisani, père de la marquise, mort depuis une année. Cette mai- «00, qui s'appelait Vhôtel de Pisani, prit, en 1600, le nom d'hôtel de Rambomilet.

On a tant cité l'hôtel de Rambouillet, qu'il faut bien en dire quelque chose. Il était situé entre le Louvre et les Tuileries, près de l'hôtel

(1) Moréri. — Flécbier, Oraison funèbre, ()) Madame de Genlis, Histoire de Henri IV, t. II , p. ,355.

de Longueville, à peu près dans l'emplacement occupé aujourd'hui (i) par le théâtre du Vaudeville. Lorsque la marquise s'y établit, on y tit beaucoup d'embellissements. Paris, alors, était plein d'architectes italiens qui, depuis Catherine de Médicis, bâtissaient avec goût et magnificence. Le salon ou cabinet, devenu si fameux par la réunion des hommes célèbres et des femmes illustres du temps, était au rez-dechaussée. Il était éclairé, du côté du jardin, par de grandes croisées qui s'ouvraiept dans toute la hauteur de l'appartement; construction alors extraordinaire, et qui, dit Sauvai, servit à la suite de modèle à beaucoup d'autres. A la suite de ce cabinet, il y en avait plusieurs autres qui s'ouvraient suivant l'aflluence des personnes de la société (2). « C'est la marquise de « Rambouillet, dit Segrais, qui a introduit les « appartements à plusieurs pièces de plain- « pied, de sorte que l'on entroit chez elle par « une enfilade de salles, d'antichambres, de a chambres et de cabinets. »

Le grand cabinet ou salon était tapissé de velours bleu, encadré dans des bordures brochées en or. Voitui'e en parle souvent.

Mademoiselle de Scudéry a fait la description de l'hôtel de Rambouillet dans son roman de Cyrusy sous le nom de palais Cléonime : ce détail ne sera pas inutile pour séparer, dans l'esprit des lecteurs, les cabinets de ce fameux hôtel, des réduits, des ruelles et des alcôves, où, plus tard, s'assemblèrent les coteries, bourgeoises pour la plupart, qui singèrent les femmes de distinction (3).

(1) En 1835. Actuellement occupé par la rue de Rivoli.

(i) Fléchier.

(3) II ne faut pas confondre avec l'hôtel de Rambouillet, qui appartenait à la famiUe d'Angennes, la maison de campagne que Ût bâtir le nommé Rambouillet, riche financier, père de Rambouillet de la Sablière, le mari de cette dame de la Sablière célébrée par la Fontaine, Perrault, Fonlenelle, Bayle, dont la maison était fréquentée par les hommes les plus aimables de la cour, les Lauzun, les Rochefort, les la Fare, les de Foix, les Chaulieu. Cette maison isolée, qu'entourait un beau jardin, fut nommée longtemps ta Folie Rambouillet. La porte d'entrée est la seule partie qui en subsiste encore. Le fils et la bru du financier s'illustrèrent par leur esprit.

Antoine Rambouillet de la Sablière a laissé un volume de madrigaux. Voltaire a dit do ce recueil, que

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