CHAPITRE IV
langue française lui avait de grandes oMigatkMis: « Homme ék)quent, dit-il^ qui donna « le premier du ncmibre et de i^harmonie à la « prose. B
Chapelain était un mauvais poête^ mais il âait homme dliodneur et de probité; il possédait une érudition pro/onde et judicieuse; il eut, le premier, Kdée du Dictionnaire de TAcadéaiie française. Nous verrons qu'il fut, avec Ménage, des plus empressés à ai^audir aux Précieuses ridicules de Molière.
Voiture s'était fait remarquer, dès Page de quinze ans, par une longue épttre au roi, ouvrage de jeune homme, mais où, parmi les antithèses et les jeux de mots, on ne peut s'empêcher de reconnaître de Tesprit, du talent et, surtout, deTélévation.
Les écrits du temps n'indiquent pas les femmes qui faisaient partie de la société dans cette deuxième période, à la tin de laquelle la marquise avait atteint sa trente-cinquième année, et sa fille sa treizième. 11 y a lieu de croire, cependant, qu'on y reçut Madeleine deScudéry, âgée de treize ans seulement, en 1620, mais qui était du même ftge que Julie de Rambouillet, et avait assez d'esprit pour être sa compagne.
Remarquons que ces nouvelles recrues en honunes de lettres, et en hommes du monde, ne déprécient, pas plus que les premières, l'hêtel de Rambouillet, et n'annoncent, gas davantage, les ridicules qu'on lui suppose.
Ici, je dois remarquer que Paccueil fait aux hommes de lettres par la marquise de Rambouillet, ajouta sensiblement à la noblesse de leur condition. Depuis la renaissance des lettres, sous Louis Xn (non sous François I«), ils étaient, pour la plupart, attachés à quelque grand, et faisaient partie de sa cour : la société de Rambouillet les At entrer en société, de pair à pair, avec tous.
Jean Marot avait été le poète attitré d'Anne de Bretagne;
Clément Marot, fils de Jean, le poëte de Marguerite, sœur de François I*' ;
Ronsard, le poôte de Charles IX ;
Baïf, le poëte de Henri III, sous le titre de secrétaire de la chambre.
Desportes lui avait succédé, sous le titre de lecteur;
Bertrand, sous celui de secrétaire du cabinet, et ensuite lecteur du roi.
Henri IV commanda à Malherbe de se tenir près de sa personne; il eut place à la fable du grand maître de la maison, 1,000 fr. d'appointements, un valet et un cheval à son service.
Racan commença par être page de la chambre du même roi.
Maynard était secrétaire de la reine Margue^* rite de Valois, femme de Henri IV ;
Malleville, seorétaire de M. de Bassompierre.
Théophile (Viaud) était attaché à M. de Montmorency.
Boisrobert était agent d'intrigue et favori du cardinal de Richelieu ;
François Tristan l'Hermite, gentilhomme de Gaston, duc d'Orléans.
Voiture commença par se faire poète de Monsieur, frère' du roi, qui lui confia d'impor* tants emplois : il le fut, aussi, du comte d^Avaux.
Sarrazin fut secrétaire des commandements du prince de Conti.
Benserade était le poète de Gaston, duc d'Oriéans, qui le logeait au Palais-Royal.
Toutes ces places étaient fort honorables, mais elles étaient dépendantes. Dans la société de rhôtel de Rambouillet, au contraire, Fhomme de lettres était dégagé de tous liens personnels; il n^était plus Fhomme ou l'esprit d^un autre honune; à son tour, il était devenu maître de choisir, de placer, de graduer ses préférences entre les grands, comme précédemment les grands l'avaient été de choisir entre les gens de lettres.
Les grands s'étonnèrent un moment de cette égalité, mais ils s'y firent.
Voiture, dont nous parlerons beaucoup dans la suite, s'en prévalait sans contrainte et, peutêtre, sans mesure; il poussa très-loin la familiarité avec eux, quand il eut pris pied à l'hôtel de Rambouillet. M. le Prince disait de lui : a Si Voiture était de notre condition, on ne le pourrait souffrir. x>
Je remarque que nous n*avons rien dit encore que de vague et de banal, concernant la personne sur qui pèse aujourd'hui le ridicule de la préciosité de mœurs et de langage ; parlons un moment de ses premières années et des premières apparences de son caractère.
La marquise de Rambouillet, mariée à seize