CHAPITRE VI
De 1620 à 1629, époque où Marie de Médicis est éloignée sans retour, et Richelieu fait premier ministre.
En 1626, éclata à la cour le grand procès instruit contre le prince de Chalais, accusé comme complice de la conspiration tendant à mettre Gaston sur le trône à la place du roi. Anne fut impliquée dans ce procès. Le roi ne put la condamner comme criminelle, ni Fabsoudre comme irréprochable. Il pardonna, mais n'oublia point. Il passa de TindifTérence à l'aversion et à la défiance. // interdit aux hommes [^entrée de V appartement de la reine (1) . Gaston fut contraint d'époiiser Théritière de Montpensier, pour rendre impossible son union avec la reine, si elle devenait veuve. Les Mémoires de Mademoiselle (2) renferment des détails qui rendent le complot des accusés très-vraisemblable.
n est, cependant, fort remarquable qu'à l'époque où Anne fut accusée de conspirer avec Monsieur contre le roi, les Mémoires du temps lui imputent une intrigue galante avec le duc de Buckingbam, ambassadeur du roi d'Angleterre en France, et son favori. Il est probable que les deux intrigues se succédèrent de fort
(1) Bassom pierre.
prèsy si même elles ne marchèrent de front. Selon Voltaire, Anne d'Autriche avait apporté à la cour de France une galanterie ndhle et fière qu'elle tenait du génie espagnol, et y avait joint les grftces, la douceur, et une liberté décente qui n'était qu'en France : l'anecdote des ferrets d'aiguillettes en diamants qu'elle avait reçus du roi, et qu'elle donna presque aussitôt au duc de Buckingham; les vers où Voiture lui parle à découvert de son amour pour ce charmant Anglais, et le plaisir qu'elle prit à les lire; le soin qu'elle mit à les garder; ces détails, at-^ testés par madame de Motteviile, annoncent dans la reine toute l'inconsidération d'un goût très-vif, et sortent des bornes de cette galanterie noble et Jière, et de cette liberté décente que Voltaire lui attribue.
Mademoiselle de Montpensier s'explique assez clairement sur les mœurs de la reine, à l'occasion de l'arrivée du roi d'Angleterre à la cour, où il venait dans l'intention d'épouser la princesse. Les Mémoires du duc de la Rochefoucauld, et ceux de Brienne , ne permettent aucun doute sur la légèreté plus que galante d'Anne d'Autriche.
Ces mœurs étaient antipathiques avec celles des familles de Vivonne et d'Angeunes, et leur contraste accroissait la considération qui s'attachait à rhôtel de Rambouillet.
Cette société, et la cour, étaient deux mondes différents, où les personnes même qui les fréquentaient 'ne se ressemblaient plus à ellesmêmes, dès qu'elles passaient de l'une à l'autre. Le cloître et le monde, ne sont pas plus distincts. En entrant à l'hôtel de RambouiUet, on laissait la politique et les intrigues à la porte; en allant à la cour, les habitudes de l'hôtel de Rambouillet se dissimulaient, et cédaient au ton dominant. Plus la cour était agitée et corrompue, plus la société de Rambouillet était recherchée et florissante.
En i6i0, on y voit la marquise de Sablé^ dame d'un grand esprit et cPun rare mérite, dit Vigneul de Marville ; Voiture était particulièrement lié avec elle, et elle lui disait, avec une certaine supériorité de raison : qtiil avait un amour-propre de femme. Cette dame est la même qu'on revoit, dans sa vieillesse, en grande liaison avec le duc de la Rochefoucauld, l'auteur des Maximesy et qui lui en fit corriger plusieurs.
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