‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 201 sur 359 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ony voit» aussi, la princesse de Ocmâé, cette Charlotte de Montmorency^ si belle dans sa jeunesse^ et pour qui Henri IV fit les plus insignes folies de sa vie^ et les plus indignes de lui.

Ces darnes^ nées à la fin du «ècle précédent^ étaient, à peu près, du même âge que la marquise, c'est-à-dire de 35 à 40 ans, en i6SK).

N'oublions pas de nommer mademoiselle de Scudéry, du même âge que Julie d'Ângennes, 47 ou i8 ans.

En hcMumes, nous retrouvons les .mêmes personnages des deux premières périodes :

Malherbe, âgé de 65 ans ;

Yaugelas, de 65;.

Le cardinal de Richelieu, de 34 ;

Le marquis de Racan, de 31 ;

Ogier de Gombauld, de 44;

Balzac, de 26;

Chapelain, de 25 ;

Voiture, de 22.

Nous avons plusieurs fois cité Voiture. Donnons, donc, quelques détails sur ce personnage, si célèbre dans son temps.

Ne voulant pas souscrire au jugement porté sur Voiture par une multitude d'écrivains qui ne Pont pas lu, j'ai courageusement entrepris de le lire, et voici ce que j'ai recueilli de ma lecture :

Voiture, dans sa première jeunesse, écrivit à la manière du temps, avec recherche et affectation. Mais il eut le bon esprit, dès son entrée dans le monde, d'être simple et naturel avec les personnes qu'il savait être ennemies du bel esprit et des pointes, sauf à se dédommager av^c les autres. U est toujours naturel quand il écrit au marquis de Salle, depuis duc de Montausier, à mademoiselle de Rambouillet, à la marquise sa mère , au marquis de Pisani son frère : ses lettres sont Toppc^, quand elles s'adressent à des précieuses (1). Non-seulement il eut le bon esprit de se conformer au ton de mesdames de Rambouillet dans ce qu'il leur disait ou leur écrivait, mais il céda même à leur exemple et à leurs leçons dans ce qu'il écrivit à la suite à d'autres. On peut juger de ces leçons, et de sa docilité, par une lettre adressée, en 1638, au nom de mademoiselle

(1) Lettres in, 113, 114.

de Rambouillet, an marquis de Salle, qui étail à Strasbourg, et écrite sur le ton qu'die lai prescrivit. On prendrait cette épttre pour uo cheM'œuvre de trivialité, si l'on n^y voyait on badinage destiné à égayer la sév^té de Montausier aux dépens de Voiture, qu'on mettiit, si on peut le dire, au supplice de la simpBdlé.

• Adieu, monsieur ; et, pour nouvelles, Les Thuileries sont fort b^les.

Sfonsiear prend le chemin de Tours.

Nous aurons tantôt les courts jours.

Jamais on ne vit tant d'aveines; De foin, les granges seront pleines; Les pois verts sont bientôt passés, Les artichauts fort avancés.

Le mauvais temps nous importune; Demain, sera nouvelle lune.

L*on prendra bientôt Saint-Omer.

L'on met trente vaisseaux en mer.

Nos canes ont fait sept canettes :

Dieu les préserve des belettes !

Veymar demande du renfort.

Le corbeau de Voiture est mort ...»

Les lettres des dernières années de Voiture sout incomparablement plus simples, plus naturelles, et de plus d'esprit véritable que ceOes de sa jeunesse. On trouve même, dans une de celles qu'il écrit à Costar (I), une critique du style précieux, lettre qui est fort remarquable sous saplunie. Il attaque une phrase qui! croit être de Pline le Jeune, dont il se moque coaune d'un écrivain affecté. «Ne m'avouerez-vous 0 pas, dit-il, que cela est d'un petit esprit, de a refuser un mot qui se présente et qui est le 0 meilleur, pour en aller chercher avec soin a un moins bon et plus éloigné î Pline est de a ces éloquents dont Quintilien dit : IlUs sora dent omnia quœ natura dictavit ?»

n n'aimait pas non plus Sénèque. Costar lui en avait cité un passage en style fleuri ; il ^' pond à Costar : a Je veux des fleurs cueillies a per dévia rura, et un peu plus naturelles,

« Stjhres terrx qnosferunt sobUm.

a Pour vous dire le vrai, je n'ai a goût pour cet auteur (2). »

Le changement qui s'opéra dans le goût de Voiture, me parait remarquable comme témoi-

(1) Lettre 125.

(2) Lettre 151.

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