‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 213 sur 359 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

le moins docte , mais le mieux logé d'entre eux^ pour discourir sur la langue et sur la lit* térature.

Boisrobert , qui veillait aux intérêts du cardinal dont il était secrétaire, eut Padresse de se faire admettre à quelques séances de cette ociété : il proposa au cardinal de lui donner une forme légale , de Faugraenler, et de s'en établir le protecteur. Le cardinal goûta cette idée. Boisrobert la présenta, de sa part, aux neuf amis , qui la reçurent avec déplaisir , voyant, dans l'érection légale de F Académie, la perte de la liberté et de Tintimité qui faisaient le charme de leur réunion. Boisrobert insista, manœuvra, intrigua; le cardinal se mit en avant. Pendant ce temps-là, la société s'accrut de dix-neuf membres, et s'éleva à vingthuit, y compris Boisrobert. Alors la proposition du cardinal obtint sans difficulté la majorité. Du nombre de ces nouveaux académiciens, étaient Jean Desmarest, sieur de Saint-Sorlin , Guillaume Bautru, comte de Serran , le marquis de Racan, Guillaume Golletet, qui étaient aussi des amis de Fhôtel de Rambouillet, puisque leurs noms se trouvent, avec les cinq premiers, au nombre des dix-huit auteurs qui firent chacun un madrigal pour la guirlande de Julie, en 164i.

En 1634, se fit le règlement de la nouvelle compagnie. Balzac, Vaugelas et Voiture y entrèrent cette année.

En i635, furent données des lettres patentes pour la fondation légale de l'établissement, et Henri-Louis-Hubert de Montmor , autre auteur de la guirlande, y fut aussi compris.

A peine l'Académie était-elle formée quand Corneille donna le Cid. George de Scudéry en fit une critique offensante, et provoqua celle de TAcadémie naissante, dont Corneille n'était pas membre. Le cardinal, jaloux du poëte qui lui éckappait, et envieux en môme temps de sa gloire , imposa à l'Académie la critique du Cid, L'Académie s'honora par la sagesse de ses remarques, et par une équitable distribution d'éloges et de critique. Voltaire a rapporté cet écrit dans son édition de Corneille. Je ne parle, ici, d'un fait si éonnu, que pour faire observer que l'hôtel de Rambouillet prit chaudement le parti de Corneille, et contre Scudéry, et contre l'Académie elle-même ; ce qui était se déclarer, en môme temps, contre le

cardinal, qui aurait voulu voir Corneille humilié.

Lorsque le Cid parut, Julie avait vingt-neuf ans. C'était l'époque la plus brillante de l'hôtel de Rambouillet; c'était aussi l'époque où commença la gloire du grand Corneille. Scudéry lui reprochait d'avoir imité, dans le Cid, un ouvrage du théâtre espagnol; il ne voyait en lui qu'un traducteur de Guilhem de Castro; il prononçait que Corneille était tout à fait dénué du mérite de l'invention. Corneille répondit à ce reproche en 1639, par les Horacfs et Cinna; en 1640, fav.Poiyeitcie; en 1644, par la Mort de Pompée; en 1642, par le Menteur; en 1645, pai* Rodogune.

Tous ces chefs-d'œuvre parurent en dix ans. Corneille lisait toutes se^ pièces à l'hôtel de Rambouillet , avant de les mettre au théâtre. Voltaife rapporte, d'après un écrit du temps, que mesdames de Rambouillet trouvaient le christianisme trop exalté dans Polyeucte; et Voltaire approuve ce jugement. Il attribue le succès de la pièce aux rôles admirables de Sévère et de Pauline.

Quelle prévention que celle qui fait voir un bureau de fade bel esprit dans cette maison, où le poète le plus mâle de notre littérature et le plus élevé, à qui il n'est arrivé qu'une seule fois de mettre une passion amoureuse sur la scène, allait chercher des conseils et des encouragements, échauffer et exalter son énergique talent, et où il trouvait l'inexprimable bonheur d'être goûté, senti, admiré dans son élévation et dans sa profondeur, par des femmes qui s'étaient passionnées dans la noble conversation de Balzac pour la grandeur romaine !

Je me trompe en accusant ici la prévention; non : c'est simplement le besoin d'écrire qui fait adopter, sans examen et sans conviction, un texte de déclamations reçues, et en fait exagérer l'expression, pour ne pas reproduire les mômes idées, précisément sous les mêmes paroles. On se persuade qu'on peut suppléer a la nouveauté des assertions, ou racheter ce qu'elles ont de suranné, par le mérite d'une rédaction plus énergique, et qu'on est plus énergique quand on est plus absolu et plus outré.

Quelques écrivains ont fait honneur à I »«fluence d'Anne d'Autriche, et à l'esprit espagnol apporté par elle en France y du prenne''

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