‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 249 sur 359 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

que lui. En souscrivant à ce mariage^ le jeune prince avait sacrifié son inclination pour Marie Mancini, sœur de la comtesse de Soissons^ qu'il avait^ aussi, eue pour sa maîtresse. Marie, délaissée, avait épousé le connétable Golonna. Nous verrons le sacrifice du roi, célébré à la suite, par Racine, dans sa tragédie de Bérénice. Des fêtes magnifiques et continuelles, signalèrent le mariage du jeune roi. Le 9 mars 4661 , elles sont suspendues par la mort de Mazarin.

Ce ministre laissa, en mourant, ses sept nièces mariées. Quoique j^aie déjà parlé de rétablissement de plusieurs» je vais reproduire leurs noms dans une liste complète. Anne Martinozzi épousa, comme on Ta vu, le prince de Conti, frère putné du grand Condé ; Laure Martinozzi épousa le duc de Modène; Laure Mancini^ le duc de Vendôme; Olimpe Mancini, le comte de Soissons; Marie Manoini, le connétable Colonna; Hortense Mancini, le duc de la Meilleraye, qui prit le nom de duc de Mazarin. Après la mort du cardinal, en 1662, le duc de Bouillon épousa Marie- Anne Mancini. Toutes ces fenmies furent galantes, au point de se faire honte les unes aux autres par le scandale de leur conduite. Le cardinal laissa un neveu, le duc de Nevers, qui figurera, plus tard, entre les beaux esprits de mauvais goût fêtés par les précieuses.

Le !•' avril 1661 , Monsieur, frère du roi, épouse Henriette d'Angleterre; et les fêtes, les plaisirs, la magnificence, la galanterie renaissent et s'augmentent encore.

Madame était belle, aimable, coquette. Monsieur était un prince efféminé, de petit esprit, de petite stature, d'une. galanterie fade et misérable; madame de Fienne lui disait : « Vous ne déshonorez pas les femmes qui vous hantent, ce sont elles qui vous déshonorent. » Le roi négligea pour Henriette la jeune reine qui était enceinte. Henriette devint bientôt galante.

Le l*"' novembre, la reine donna à la France un héritier de la couronne ; grand événement qui imposa au roi une obligation sérieuse : c'était de nonuner une gouvernante à ce précieux enfant, et de penser d'avance au gouverneur qui la remplacerait après la première enfance. Ces personnes auront à répondre à la France entière du dépôt qui leur sera confié; et le monarque est, en quelque sorte, chargé de lui ré-

pondre de leur convenance. Sur qui jettera-til les yeux ?

Louis, malgré son peu de respect pour les mœurs, était ami des bienséances. Les bienséances, dans une monarchie, sont une barrière de plus autour du pouvoir, et le besoin, l'amour du pouvoir étaient le fond du caractère de Louis. Sa conduite habituelle offensait la morale, mais il n'avait pas l'intention de l'affronter. L'exemple de François l*', celui des quatre successeurs de ce prince, celui de Henri IV, lui avaient persuadé que la France voyait sans scandale des maîtresses attitrées à ses rois, et regardait l'usage qui les avait introduites comme un dédommagement destiné à racheter ce qui manque à la liberté de leur choix, €[uand ils se marient; mais il n'oubliera pas ce qu'il doit à sa couronne, dans le choix des personnes qui seront chargées d'élever son héritier. Louis se permettra de fréquentes distractions dans la vie conjugale, mais il repoussera loin de ses enfants les mœurs équivoques, les mœurs de rigidité affectée. H ne souffrira, près du berceau de son fils, ni vice, ni ridicule. La considération de la gouvernante lui parait déjà nécessaire pour préparer les peuples à respecter un prince appelé à les gouverner.

Il nomme la duchesse de Montausier gouvernante de M. le Dauphin, et le duc de Montausier est désigné d'avance pour être son gouverneur, quand, âgé de sept ans, le prince passera des mains des fenmies en celles des hommes. Si quelque biographe imprimait aujourd'hui cette phrase dans une vie de Louis XIV : « Le 1" novembre 1661, le roi a nomme pour gouvernante de M. le Dauphin, « une des personnes dfe la société représentée a par Molière dans ses Précieuses ridicules, <c et bafouée par le public depuis deux ans, » ne croiraitron pas que cet écrivain est tombé en imbécillité ou en démence? C'est, pourtant, là, ce qui résulterait de la nomination de madame de Montausier, si les déclamations, tant répétées, contre les dames de Rambouillet étaient fondées.

Si la liaison du roi et de Madame fut trèsintime, elle fut du moins très-courte. Madame, disent les uns, trompait le roi pour le comte de Guiche. Selon d'autres, le roi trompait Madame pour mademoiselle de la Vallière, 'qui était du service de Madame.

Page 1