‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 252 sur 359 · CHAPITRE XVIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIll

de Soissons, qui tenaient de grandes maisons à Paris. Établis dans la capitale, ils se lièrent avec Molière, valet de chambre du roi, fort aimé de ce prince^ et dispensé de faire la cour aux dames.

En 1661, Molière était âgé de quarante et un ans; la Fontaine, de quarante; Boileau, de vingt-cinq; Racine, de vingt-deux.

Molière et la Fontaine étaient, alors, les seuls qui eussent signalé leur talent dans le public. Mais Racine et Boileau avaient déjà attiré les regards de Louis XIV, et l'attention des connaisseurs; le premier^ par son ode aux Nymphes de la Seine, au sujet du mariage du roi; l'autre, par sa première satire, où il invite la muniflcence royale à se répandre sur les poètes. Colbert, d'après le rapport de Chapelain, avait fait donner cent louis à Racine, pour récompense de son ode.

Aujourd'hui que nous possédons les œuvres de ces quatre poètes, nous pouvons nous figurer quelle était la force de leur alliance par leur position dans le monde, par la puissance de leurs talents divers, par le besoin de produire dont ils étaient pressés, par l'émulation qui naissait de leur concours, par la combinaison de leurs efforts pour mériter la bienveillance d'un roi galant, et la protection des femmes les plus séduisantes et les plus voluptueuses de sa cour.

Molière, le plus âgé des quatre amis, le seul à portée de connaître les secrètes dispositions du roi; la Fontaine, le plus répandu parmi les dames du grand monde, donnaient à leurs jeunes amis, l'un l'exemple de plaire au roi , l'autre celui de plaire aux femmes qui plaisaient au roi : ce qui ramenait toujours à plaire au roi.

Molière et Boileau avaient besoin de la protection immédiate du roi; ils en avaient besoin pour le plus noble et le plus cher de leurs intérêts : llntérét de leur talent. Poêles satiriques l'un et l'autre , il leur importait d'être défendus contre les ennemis quMls se faisaient, et protégés, non par le pouvoir royal, mais par l'approbation d'un prince dont le règne brillant dominait l'opinion générale, et faisait une mode de tout ce qui était de son goût. L'essor des deux poètes étant plus libre d'appréhensions, leur talent en acquérait plus d'éclat.

La Fontaine et Racine avaient besoin , ruii de l'imagination des femmes de la cour pour faire passer ses contes, l'autre de leur âme pour faire sentir plus vivement le pathétique dont la sienne renfermait le secret; tous avaient besoin du roi pour obtenir la vogue, objet ordinaire de l'ambition des talents, et souvent leur unique réconopense. Tous, aussi , avaient besoin l'un de Tautre, et pour se soutenir contre les malveillances particulières, et pour se fortifier réciproquement dans la bienveillance royale.

Ces quatre honmies n'ont jamais été considérés que sous leurs rapports avec la gloire littéraire de la France, et avec celle des branches de l'art que chacun d'eux a le plus particuhèrement cultivée. A mes yeux, ils ne sont pas moins remarquables que Louis XIV dans l'histoire des mœurs, et n'ont pas nioins ajouté à son influence parleur concours, qu'il n'a ajouté à leur gloire par sa protection.

Voilà donc un véritable quatrumvirat constitué à la cour, et, par cette raison, constitué défenseur du système de galanterie qui régnait dans toutes ses habitudes.

En i662, la Fontaine publie Joconde, ouvrage composé pour l'amusement de la duchesse de Bouillon. Boileau, ce Boileau qui depuis affecta des mœurs si rigides, fit l'apologie de Joconde.

En 1664, on voit la société des quatre amis devenir plus étroite, à mesure que leur talent se développe. Elle a des réunions habituelles. Trois fois la semaine, elle s'assemble à la me du Vieux-Colombier, chez Boileau. Les amis soupent ensemble. Chapelle est admis parmi eux comme homme d'esprit, conrnie bon convive, pour ajouter à leur attrait mutuel la joie et la gaieté qu'il portait partout avec lui. .

Mais n'anticipons pas sur les temps.

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