‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 253 sur 359 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Quelques-uns le croient^ parce qu'elle apprend aux vieillards qu'aucune ruse ^ aucun artifice, aucune conti*ainte ne ser\'ent à la vieillesse pour faire illusion sur les disproportions d'âge, même à la villageoise la plus simple. D'autres, tels que Fénelon et Rousseau, estiment que4a pièce blesse la morale, en ce qu'elle semble autoriser toutes les ruses d'une jeune femme pour se soustraire aux honnêtes désirs d'un vieillard. Je me bornerai à remarquer, dans cet ouvrage , quelques sorties contre les précieuses, des mots grossiers qui reproduisent vingt fois une idée grossière, une scène licencieuse depuis longtemps interdite au théâtre.

Amolphe (c'est le vieillard), après un entretien avec Agnès dont la simplicité l'enchante, adresse cette apostrophe aux précieuses :

Héroïnes du temps, mesdames les savantes, Poosseuses de tendresse et de beaux sentiments, Je défie à la fois tous vos vers, vos romans, Vos lettres, billets doux , toute votre scien^^e^ De valoir cette honnête et pudique ignorance.

Cela est, sans contredit, juste et parfaitement écrit; mais à la suite, quand Agnès déclare à son tuteur qu'un jeune homme , malgré tous les obstacles, a trouvé le moyen de s'introduire près d'elle et de lui plaire, le tuteur se plaint d'avoir perdu tous les soins qu'il a pris pour lui plaire lui-même ; Agnès lui répond :

Vraiment, il en sait donc là-dessus plus que vous. Car, à se faire aimer, il n'a pas eu de peine.

Alors il se dit à part :

Voyez comme raisonne et répond la vilaine ! Peste ! une préckuse en dirait-elle plus ?

Ceci est une injure contre les précieuses dans l'intention du personnage ; mais elle porte à faux, parce que ce n'est pas le défaut d'une précieuse d'être ingénue.

Ce qui décrédite, dans cet ouvrage, les paroles dirigées contre les précieuses, ce sont des indécences pires que les plus^ ridicules affectations.

La question est de savoir si un vieillard pourra réussir à s'assurer la tendresse et la fidélité d'une jeune fille qu'il épousera ; Molière réduit le problème à cette simple expression : Sera-t-il cocu ou non? portera-t-il des cornes, sauvera-t-il son front de la maligne influence?

Amolphe a, pour se rassurer, l'innocence d'Agnès, qui demanda un jour.

Avec une innocence à nulle autre pareille.

Si les enfants qu*on fait, se faisaient par Toreille.

Dans les scènes viii* et ix* du quatrième acte, les mots de cocu et de cocuage sont six fois répétés. Mais ce qui parait aujourd'hui le plus étonnant dans la pièce, c'est la scène vt du deuxième acte, où Arnolphe, informé des visites que le jeune amant a faites à Agnès, pendant son absence, veut savoir les particularités de leurs entretiens. Après quelques questions générales, il en vient aux détails.

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