CHAPITRE XlXr
^ilans une dédicace, à la mère de cet enfant adultérin :
Le temps qui détruit tout, respectant votre appui, Me laissera franchir les ans dans cet ouvrage.
Sous vos auspices, ces vers Seront jugés, malgré Tenvie, Dignes des yeux de l'univers.
C'était, encore, un courtisan^ quand il mettait dans la bouche du comte de Piesque^ parlant au roi, ce vers d'adulation inouïe :
Jupiter prend de vous des leçons de grandeur.
Mais^ il était ami plus fidèle que courtisafti habile, quand il écrivait son élégie aux Nymphes de Vaux, en faveur de Fouquet, et implorait pour lui la clémence de Louis XIV, sachant très-bien, et son élégie même en contient la preuve, qu'il avait à défendre, non, comme le croyait le public , le ministre prévaricateur, mais le galant magnifique et téméraire, qui avait osé prétendre au cœur de la maltresse du monarque et essayé de la séduire.
n était sage conseiller du roi, quand il lui montrait ses flatteurs à la Cour du Lion; leur lâcheté envers le Lion devenu vieux; leur bassesse, dans les Animaux malades de lapesle; le danger des maiti'cs^es, dans le Lion amoureux; Pesprit des courtisans, les uns à l'égard des autres, dans le Lion y le Loup, et le Henard ; le danger des petits ennemis, dans le Moucheron cl le Lion; la dissimulation des gens prudents à la cour des rois méchants, dans lacotir du Lion. Toute fable de la Fontaine, où vous voyez un lion , vous présente aussi, soyez-en sûr, quelque utile leçon pour Louis XIV.
La Fontaine était un citoyen^ quand, après les ravages du Palatinat, il mettait dans la bouche du paysan du Danube ces vers énergiques :
Craignez, Romains, craignez que le ciel quelque jour Ne transporte chez vous les pleurs et la misère ; Et mettant en nos mains, par un juste retour, Les armes dont se sert sa vengeance sévère.
Il ne vous fasse, en sa colère.
Nos esclaves à votre tour.
Les immortels
Ont les regards sur nous. Grâces à vos exemples. Ils n'ont devant les yeux que des objets d'horreur,
De mépris d'eux et de leurs temples, D'avarice qui va jusques à In fureur. . .
C'était un sage politique, quand il montrait, dans la fable du Vieillard et rAne^ que le pouvoir ne doit point compter sur l'obéissance sans affection. L'àne répond à son maître poursuivi par des voleurs, et qui veut Remmener :
Eh! que m'importe donc, dit Tàne, à qui je sois? Sauvez-vour, et me laissez paître.
Notre ennemi, c'est notre maître.
Boileau était courtisan, quand il disait à Louis XIV :
Grand roi , cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire.
Mais, il était moraliste et surtout moral, quand il disait au roi, dans sa première épitre :
Laissons là les sièges, les batailles :
Qu'un autre aille en rimant renverser des murailles. Et souvent sur tes pas^ marchant sans ton aveu, S'aille couvrir de sang, de poussière et de feu. A quoi bon d'une muse au carnage animée Échauffer ta valeur, déj^ trop allumée?
Jouissons à loisir du fruit de tes bienfaits, ' Et ne nous lassons point des douceurs de la paix.
Il était citoyen et précepteur habile, quand , à ces vers, il ajoutait ce charmant apologue de Cinéas et Pyrrhus :
Pourquoi ces éléphants, ces armes, ce bagage, Et ces vaisseaux tout prêts à quitter le rivage? Disait au roi Pyrrhus un sage confident.
Je vais, lui dit ce prince, à Rome, où l'on m'appelle. —Quoi faire?— L'assiéger.— L'entreprise est fort belle, Et digne seulement d^lexandre ou de vous : Mais, Borne prise enfln,''seigneur, où courons-nous?
Pyn^hus répond, qu'après avoir pris Rome, il conquerra le pays latin, la Sicile, Carthage, la Libye, l'Egypte, l'Arabie. Alors Cinéas reprend :
Mais, de retour enfin, que prétendez- vous faire?
— Alors, cher Cinéas, victorieux, contents,
Nous pourrons rire à l'aise, et prendre du bon temps.
— Eh ! seigneur, dès ce jour, sans^sortir de l'Épire, Du matin jusqu'au soir t^ui vous défend de rire ?
Racine était courtisan, quand Titus, se séparant de Bérénice, retraçait à Louis XIV le courage qu'il avait montré, l'empire qu'il avait eu sur lui-même, en éloignant Marie Mancini, dont il était fort amoureux, et qu'il avaiteu la