CHAPITRE XXVII
tente initiée dans les secrets de la vie privée du roi et de sa favorite, et qui pouvait s'avancer et Pavancer lui-même (1). Ceci nous ramène à la suite des faits.
Les arrangements qui eurent lieu pour l'éducation des deux premiers enfants du roi et de sa maîtresse, en 1670, ne doivent pas être confondus avec ceux qui, comme noup le verrons, se firent deux ans plus tard, en 1672, lorsque leur nombre fut double. Le onzième entretien de madame de Maintenon nous apprend que pour cacher l'existence des premiers enfants qui lui furent confiés, on les plaça avec leur nouArice, chacun séparément , dans une petite maison hors de Paris; elle n'allait les y voir qu'à la dérobée; elle profitait de tous les moments dont elle pouvait disposer pour se montrer dans sa société , afin que la curiosité ne cherchât pas l'emploi du temps qu'elle aurait dérobé à ses amis. Elle nous apprend qu'elle travailla à meubler elle-même au moins une de ces petites maisons, a Je montais à <c l'échelle pour faire l'ouvrage des tapissiers, a parce qu'il ne fallait pas qu'ils entrassent, a Les nourrices ne mettaient la main à rien, « de peur d'être fatiguées , et que leur lait ne j a fût moins bon. J'allais souvent de tune à a Vautre, à pied, déguisée, portant sous mon « bras du linge, de la viande ; et je passais a quelquefois les nuits chez un de ces eufants « malades, dans une petite maison hors de « Paris. Je rentrais chez moi le malin par une a porte de derrière; et après m'être habillée je
(1) Madame Scarron avait pris Gobclin pour directeur, comme beaucoup de gens d'esprit prennent pour conseil des personnes qui leur sont fort inférieures en mérite. Ce n*est pas toujours pour avoir des conseils que Fon consulte, c'est pour se mieux consulter soi-même. On se consulte mieux avec une autre personne que tout seul. Elle avertit des choses que vous auriez oubliées ou négligées. Madame de Maintenon , dans son HP entretien, répondant à une amie qui la plaignait de ne pouvoir consulter personne à la cour dans les occasions délicates, répondit : « J'ai un fort « honnête homme, de trcs-bon esprit , qui me déMe
• de gros en gros ce que je puis faire en sûreté de « conscience et ce que je dois éviter, pour ne point « passer les bornes de mon état. (Elle était alors « femme du roi.) Je m'en tiens a celte décision gé-
• nérale ; autrement je ne vivrais pas (c'est ainsi que « dans le principe elle prit Gobelin). Il me reste ton* " jour» assez de peine dans les cas particulier», etc.»»
a montais en voiture par celle de devant, pour a aller à l'hôtel d'Albret ou de Richelieu, afin « que ma société ordinaire ne sût pas seulece ment que j'avais un secret à garder. De a peur qu*on ne le pénétrât, je me faisais saia gner pour m'empôcher de rougir, b
On voit qu'une des précautions de celte vie mystérieuse consistait à lui ôter tout air de mystère; et voilà pourquoi, jusqu'en 1672, la société de madame Scarron continuait à la voir habituellement. Elle était obligée, si on peut le dire, de se prodiguer elle-même, pour mieui cacher le secret qui lui était confié.