‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 289 sur 359 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

faisant souffrir de sa résistance^ qu'il fût certain qu'on en souffrait soi-même. La religion seule donnait le moyen de se défendre sans déplaire, de refuser sans offense, de rester inflexible sans paraître indifférente. La religioh offrait un secours que Phonneur ne pouvait donner. Madame Scarron n'était pas plus hypocrite quand elle invoquait la religion au secours de rhonnétetéde ses mœurs, queBossuet n'était un charlatan et un mondain, quand, plus tard, voulant ramener lé roi à la soumission aux lois de l'Église, il invoquait, en faveur de la foi conjugale violée par ce prince, les lois de l'honneur, et les intérêts de la gloire quil s'était acquise.

Au reste, la Bruyère nous apprend ce que c'était dans ce temps-là qu'un directeur, et la correspondance de madame de Maintenon avec le sien nous apprend ce que c'était que Gobelin.

Un directeur était un parasite, a jaloux d'ob- « tenir le secret des familles ; aimant à trouver a les portes ouvertes daas les maisons des a grands, à manger souvent à de bonnes tac btes, à se promener en carrosse dans une « grande ville, et à faire de délicieuses retrai- . a tes à la. campagne; à voir plusieurs person- « nés de nom et de distinction s'intéresser à « sa vie, à sa santé, et à ménager poiu* les au- « très» et pour soi-même, tous les intérêts hu- « mains ;.... couvrant tous les intérêts du spéa cieux et irrépréhensible prétexte du soin «f des ftmes. » Un directeur était, au reste, autre chose qu'un confesseur; et la Bruyère pense « que si certaines femmes pouvaient dire « à leur confesseur, avec leurs autres faiblest ses, celle qu'elles ont pour leur directeur, « peut-être il leur serait donné pour pénitence a d'y renoncer. » Ceci ne se peut appliquer à madame de Maintenon; il lui fallait un sot docile à ses instructions, et qui eCit l'air de la mener, et toutefois la menât conune elle voulait aller; et Gobelin était cet homme-là. De capitaine de cavalerie, il était devenu docteur de Sorbonne; et d'homme du monde, chrétien rigide. Il s'était fait un nom par sa sévérité. C'était pourtant, au fond, une âme assez basse,, et pleine de vénération pour les grandeurs humaines; d'ailleurs, tracassier et processif. La Beaiunelle dit qu'il plaida, prêcha et rampa toute sa vie. Tous les biogra-

phes (i) s'accordent, avec raison, à dire, d'après la correspondance de madame de Maintenon , que, a parvenue aux grandeui*s, elle se trouva a si importunée des respects que son nouvel a état inspirait au directeur, qu'elle crut devoir « donner sa confiance à un autre. » En effet, elle la donna à Godet des Marets, évêque de Chartres. Il faudrait supposer madame de Maintenon une femme sans jugement et tout à fait vulgaire, pour croire qu'elle ait pu être dupe d'un aussi petit esprit et d'un caractère aussi ignoble que Gobelin : et, pour faire une telle supposition, il faudrait ne pas lire sa correspondance avec le directeur dont elle dirigeait les directions. Elle se jouait de sa morgue, de sa sottise et de sa bassesse. Elle réglait, elle déterminait la conduite qu'il aurait à lui prescrire suivant les circonstances où elle se trouvait. Elle notait , elle mesurait, pour ainsi dire, musicalement, le ton de sévérité ou de douceur qu'il prendrait avec elle, au gré de convenances dont elle était l'arbitre. Elle se f^Msait ordonner, au nom de la religion, de demeurer à la cour, ou d'annoncer qu'elle avait intenlion de la quitter, suivant qu'elle avait à se plaindre ou à se louer du roi, ou de madame de.Montespan.

La première question que madame Scarron avait donnée à résoudre à Gobelin, quand elle le prit pour directeur, était de savoir si elle pouvait, sans scrupule , se charger de l'éducalion proposée.

Cette question, elle l'avait résolue d'avance, et elle était déterminé» à l'acceptation. Le roi lui avait imprimé, au fond du cœur, la réponse qu'elle devait lui faire. Comment Gobelin aurait-il pu lui fermer le chemin que le roi avait lui-même ouvert à la fortune ambitionnée par madame Scarron? Aussi, la réponse de Gobelin à une consultation faite sur une résolution arrêtée, fut qu'elle pouvait, sans scrupule, se charger de l'éducation secrète des enfants de l'adultère, parce que c'était jeter un voile charitable sur les fautes du roi et de madame de Montespan ; il ne voyait pas que c'était, aussi, jeter un voile d'officieuse complicité ^ur une habitude condamnable, et contribuer à l'entretenir. Gobelin était fort aise d'avoir une péni-

(t) Auger, Vie de Maintenon. M. de Monmerqué, Biographie universelle.

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