‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 292 sur 359 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Cl tère qu'en province. Je vous dirai le fait tel « que je le tiens de madame de Noailles. La « belle dame (madame de Montespan) ayant « été à confesse à un prêtre qui lui a refusé « l'absolution^ elle en a été extrêmement sur- « prise; elle s'en est plainte au roi^ qui, trèsi$ surpris lui-même^ n'a pas voulu condamner f ce prêtre sans savoir de M. de Montausier, a dont il'rcspecte la probité^ et deM.Bossuet^ a dont il estime la doctrine^ ce qu'ils en pena saient. M. Bossuet n*a pas hésité à dire que « le prêtre avait fait son devoir. Montausier a « parlé plus brusquement. Bossuet a repris la « parole^ et a parlé avec tant de force^ a fait « venir si à propos la gloire et la religion^ que « le roi, à qui il ne faut que dire la vérité^ « s'est levé fort ému , et, serrant la main au « duc^ lui a dit : Je vous promets de ne plus la a revoir. Jusqu'ici il a tenu parole. La pe- « tite (i) me mande que sa maltresse est dans a des rages inexprimables : elle n'a vu perte sonne depuis deux jours. Elle écrit du ma- « tin au soir; en se couchant elle déchire tout, a Son état me fait pitié. Personne ne la plaint^ a quoiqu'elle ait fait du bien à tout le monde. a La reine envoya hier savoir des nouvelles de « sa santé. Vous voyez, répondit-elle au gen- « tilhomme, que, quoique aux portes de la « mort y je me porte encore trop bien. Toute « la cour est chez madame de Montaysier. tf Reste à savoir si le roi partira pour la Flan- « dre sans dire adieu. Ce jour-là est décisif. « On l'attend avec impatience (2). »

Rien ne m'a appris ce qui était arrivé $lu départ du roi pour l'armée de Flandre. Mais

(0 L*eDfaDt de madame d^Heudicourt, qui fut depuis madame de Montgoo. (Souvenirs de Gaylus, p. 87.)

(2) La date de cette lettre est importante à fixer, parce que madame deCaylus, et d*après elle, beaucoup d'autres, ont confondu cette première séparation du roi et de madame de Montespan, avec une autre plus cclatabte et plus durable qui eut lieu Tannée suivante. Elle eut lieu, suivant elle, en 1076, et, suivant d'autres, en 1 07 S.

La date de cette lettre est indiquée par les détails qu'elle renferme.

P Elle est antérieure au 15 novembre 1671, puisqu'elle parle de madame de Montausier, qui est morte le 15 novembre de cette année.

2" Elle est antérieure au départ du roi pour l'armée

c'est un fait généralement reconnu, que la fin de la campagne le ramena dans les bras de madame de Montespan. Ainsi^ la conversion des deux amants ne fut pas longue. Toutefois^ l'accès de piété , éprouvé par le roi plus vivement que par madame de Monte^>an , était déjà une de ces alternativeç qui marquèrent si longtemps le refroidissement de son amour. Le respect du roi très-chrétien pour la religion, et le soin de sa gloire^ que Bossuet avait réveillés^ s'accroissaient à mesure que Pardeur de l'amant satisfait diminuait; et ce qu'écrit à ce sujet madame Scarron à madame de Saint- Gérau^ indique qu'elle connaissait lé point par où le crédit de son ennemie était attaquable, et, peut-être, le cœur du roi accessible.

Une autre circonstance est remarquable dans la lettre de jmadame Scarron : c'est cet empressement de la cour à se rendre chez madame de Montausier malade , presque mourante, au moment où chancelait la favorite qui avait causé sa maladie. 11 semble que l'on regardât réloignement de madame de Montespaq comme une consolation, une satisfaction, une vengeance qui était due à madame de Montausier : ce dernier tribut de Pestime et de l'affection des gens de bien arrivait trop tard. Le mal était devenu incurable. Madame de Montausier mourut le 15 novembre i 671 . Louis XI Y parut peu touché de cette mort, qu'il avait causée. Cependant madame de Gaylus dit, au sujet de la première espérance de conversion que donna le roi, que madame de Montausier avait aussi contribué à son retour vers la religion et les mœurs.

Observons encore, ici, que madame ScaiTon, en apprenant à madame de Saint-Géran Thonorable intérêt témoigné par la cour à madame

de Flandre, qui eut lieu à Saint-Germain, au mois de mai de la même année, suivant VArt de vérifier les dates,

3^ Elle est de peu de temps antérieure h ce départ , puisqu'elle annonce sa proximité, et Timpatience générale d'en voir les circonstances.

4» La rupture dont parle la lettre est de peu de jours antérieure à cette lettre, puisqu'au moment où madame Scarron l'écrit, madame de Montespan est encore dans l'accès de sa première fureur, qu'elle est renfermée depuis deux jours.

La rupture, et la^lcttre qui l'annonce, paraissent donc être de la fin d'avril ou du commencement de mai 1671.

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