CHAPITRE XXVII
de Montausier > avait déjà plus d'une raison pour se croire destinée à hériter de sa considération. Elle avait été appelée à l'éducation des enfants naturels^ par les mômes motifs qui avaient fait confier à madame de Montausier celle des enfants légitimes. Elle liait distinguée dans la société, généralement regardée à Paris comme héritière de l'hôtel de Rambouillet: je parle des hôtels d'Albrel et de Richelieu. Elle était un des premiers sujets de l'école de Julie d'Angennes; il y avait de la différence, sans doute, entre la place de gouvernante des Enfants de France et celle des enfants naturels; il y avait aussi de la distance entre Julie d'Angennes, duchesse de Montausier, et Françoise d'Aubigné, veuve Scarron ; mais les traditions de la cour, depuis François 1", l'élévation et l'insolence des maîtresses avouées, l'élévation, Tinsolence et la turbulence des bâtards, avaient habitué à regarder les légitimations de ceux-ci comme à peu près équivalentes à la légitimité. Le roi avait légitimé les enfants qu'il avait de madame de la Vallière; madame Scarron était donc fondée à prévoir le même sort pour ceux de madame de Montespan ; et elle s'était mis dans Fesprit que les fils de Louis XIV, confiés à ses soins, ne devaient pas être les tourments de la France comme l'avaient été les bâtards de Henri IV, et qu'elle devait rendre ses élèves dignes de leur haute destinée, par leur moralité et leur esprit. L'accomplissement de ce noble projet devait rapprocher sa condition de celle de la duchesse de Montausier, et c'est ce qui arriva dès que le duc du Maine eut annoncé ses heureuses qualités. Elle devait même monter plus haut que madame de Montaqsier; mais c'est une singularité de sa fortune, que la première circonstance par où elle fut signalée, fut l'acquisition de la terre de Maintenon, qui appartenait à la maison d'Angennes, dont le marquis de Rambouillet était le chef; et que, quand le roi donna à madame Scarron, comme on le verra en suivant l'ordre des faits, le titre et le nom de mai*qui*se de Maintenon, ce titre et ce nom étaient portés par un des fils d'Angennes; de sorte qu'elle succéda à un domaine, à un titre, . à un nom de l'hôtel de Rambouillet, en même temps qu'à la réputation d'esprit et de mœurs, et à la considération de la duchesse de Montausier, dernier rejeton do cette n)aison.
Enfin, madame de Richelieu succéda à ma* dame de Montausier, dans la place de dame d'honneur de la reine ; et madame de Richelieu était aussi de l'école de l'hôtel de Rambouillet. Ce fut madame de Montespan qui la fit préférer à madame de Créqui, présentée par Lau* zun; mais ce fut madame Scarron qui pressH madame de Montespan de solliciter pour l'amie conunune chez qui elles s'étaient connues et liées l'une à l'autre.
Bfadame de Sévigné écrivait à sa fille, le 6 décembre 1671 : «Madame de Richelieu est « assez bien placée ; si madame Scarron y a a contribué, elle est digne d'envie. Sa joie est « la plus solide qu'on puisse avoir dans ce (c monde. » Ces mots sont très -significatifs sous la plume de madame de Sévigné, qui affectait toujours quelque chose d'énigmatique dans ce qui regardait la cour. Elle veut dire : Sa position est solide, ayant dans madame de Richelieu une protectrice près de la reine, ses propres services pour recommandation près de la favorite, et les bonnes dispositions du roi.
On ne peut douter de la part qu'eut madame Scarron à l'avancement de madame de Richelieu, quand on la voit dans Tintime confiance de la duchesse immédiatement après sa nomination. Madame de Sévigné écrivait à sa fille, le 25 décembre J671 : «Voilà madame « Scarron qui a soupe avec nous. Elle dit que, a de tous les millions de lettres que madame « de Richelieu a reçues, celle de M. de Grignan « était la meilleure; qu'on ne saurait écrire ni (f plus galamment, ni plus noblement, ni plus a tendrement pour feue madame de Montau- « sier. »