‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 295 sur 359 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

la première fois, cette expression d'élonnement et de reconnaissance, qu'aucun autre bienfait antérieur ne paraît avoir excité dans madame de Maintenon , montrent qu'elle sentit à rinstant tout ce que renfermait de bon pour elle cette substitution d'un nom nouveau à celui qu'elle portait. En effet, ce n'était pas une vaine et frivole distinction accordée à la vanité ; c'était un baptême nouveau qui , mettant en oubli un nom sous lequel elle pouvait se plaindre d'avoir souffert des humiliations, pour lui en donner un autre , annonçait le df»ssein de faire d'elle , ou plutôt que le roi voyait déjà, en elle, une autre personne sous cet autre nom, et marquait l'époque d'une existence plus élevée.

Il est, au vesie, inutile de faire remarquer ces mots : vne (erre que le roi m'a donnée; ils prouvent qu'outre les 200,000 francs dont nous avons vu le don , le roi avait ajouté le complément du prix de la terre, qui s'élevait à hO,000 francs.

Mais, un autre événement marqua bien autrement la révolution qui s'opérait dans la fortune de madame de Maintenon : ce fut la séparation qui eut lieu entre le roi et madame de Montespau , après les prédications de la semaine sainte, où le F. Bourdaloue avait déployé, pour la seconde fois, son éloquence foudroyante. L'effroi ou la honte que ces prédications parurent jeter dans l'âme des deux amants, furent plus forts et plus déterminants, en i675^ qu ils ne l'avaient été dans les années précédentes , où les carêmes n'avaient pas été prêches avec moins de véhémence , et où les vérités de la religion n'avaient pourtant rien obtenu. On voit la raison de cette différence : le roi, faligué de madame de Montespan, eomme eût pu Têtre un vieux mari , commençât à céder à l'attrait de madame de Maintenon. D'un autre côté, madame de Montespan, toujours soupçonnée d'avoir eu peu d'amour pour le roi, était irritée de la préférence qu'elle entrevoyait pour une autre; un éclat lui convenait, ne fût-ce que comme moyen de reconnaître ce qu'il lui restait de pouvoir, et, peut-être, de rajeunir l'affection du roi. Les déclamations des prédicateurs contre les uni(His illégitimes, trouvèrent facilement accès dans des âmes où s'étaient refroidis des intérêts jusque-là sourds et rebelles à leur égard.

Bien des détails ont été écrits d'imagination, ou du moins sans preuve , quelques-uns même en dépit de preuves opposées , sur cette rupture, et sur la manière dont madame de Maintenon figura dans les premiers mouvements auxquels elle donna heu à la cour.

D'abord, madame de Caylus a fait deux anachronismes à ce sujet, i"" Elle a confondu cette rupture avec la courte interruption de liaison qui eut lieu en 1671. ^ Elle la place après le jubilé, qui n'eut lieu qu'en 1676, au lieu de l'indiquer après la semaine sainte de 1675. Elle a confondu les circonstances des deux crises, de 1671 et 1675, qui n'eurent rien de conomun. M. de Bausset, dans V Histoire de Bossuet, redresse la seconde des erreurs de date de madame de Caylus , mais il partage la première; et M. de Monmerqué, dont les recherches sont toujours si exactes, s'est confié à celles de M. de Bausset, qui cett« fois ne le sont pas. M. de Bausset étaèUt, aussi, que, dans la rupture de 1675, madame de Montespan veçuiordrede quitter iacour^ et fut envoyée à Paris (1); en quoi il diffère de la Beaumelle, qui , dans les Mémoires de Maintenon (2), a fait une longue narration des circonstances de la séparation : ce fut, selon lui, madame de Montespan qui en prit la première résolution , qui s'éloigna de Paris avec un courage héroïque qu'atfermissaient les exhortations de madame de Maintenon; et le roi, informé de ce départ inattendu , fait appeler celle-ci pour en connaître les moindres circonstances et en approfondir les motifs; et madame de Maintenon emploie toute son éloquence pour combattre la douleur du roi, et l'amener à une sainte résignation. Trente pages de la Beaumelle contiennent cette histoire presque toute dialoguée, à laquelle il ne manque que l'appui d'un témoignage quelconque, ou au moins de quelque indication conforme dans les correspondances du temps. Je me borne aux faits prouvés par de bonnes autorités. Il n'y a de fait prouvé, dans ce que dit la Beaumelle, que l'appel de madame de Blaintenon près du roi, après le départ de madame de Montespan , ainsi que nous verrons tout à Theure. En ce qui regarde-

(1) T. II, p. 53. Il cite un manuscrit deLedieu, qui n^est, je crois, pas connu de beaucoup de personnes.

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