CHAPITRE XXVni
pièce un ou\Tage parfaitement beau^ au-dessus de tout reproche et de toute critique. Cette anecdote a été répétée dans plusieurs commentaires. M. Bret^ autre coinmentateur , est venu, et a reifiarqué qu'à l'époque' où avait paru la pièce, la marquise de Rambouillet était morte : elle l'était, en effet, depuis sept ans. Mais, M. Bret, pour redresser la citation, prétend qu'il faut substituer le nom de madame de Montausier , Julie de Rambouillet, à celui de sa mère ; et il se trouve que madame de Montausier, à l'époque où parurent les Femmes savantes (1672}, était morte, aussi, depuis deux ans ou environ. M. Aimé-Martin, éditeur du Molière variorunt, nous apprend ces bévues redoublées ; et il arrive que M. Aimé- Martin tombe dans des fautes du même genre sur d'autres personnages de la même pièce. Il a trouvé le moyen d'établir que mesdames Deshoulières , de la Fayette et de Sévigné, qui, de son aveu, étaient les plus charmants esprits du siècle , étaient néanmoins du nombre des femmes dont Molière avait voulu corriger la folie (i) ; et il insinue qu'elles étaient delà coterie qui soutenait les Gotin, les Pradon et les Voiture ; il nous assure que madame de Sévigné , bien qu'admiratrice de Corneille, ne trouvait rien de plus charmant que le badinage de Voiture,
D'abord, mesdames de la Fayette et de Sévigné n'avaient rien de commun avec madame Deshoulières. Madame de Sévigné ne parle pas une fois d'elle dans ses lettres. Madame de Sévigné avait douze ans de plus que madame Deshoulières ; mais ce n'était pas cette différence d'âge qui les empêchait de se voir, c'était l'opposition de mœurs et d'opinions politiques qui séparait de tous les Mancini, hommes et femmes, et de leurs affidés, tels que madame Deshoulières, tout ce qui était en relation d'amitié avec le grand Condé, avec sa sœur la duchesse de Longueville , avec le cardinal de Retz, le duc de la Rochefoucauld, société habituelle de madame de Sévigné.
Secondement, c'est dans Boileau, et dans Voltaire môme, que le conmientateur a vu l'éloge du charmant badinage de Voiture. Ma-
(1) C*e8t assurément accuser Molière d'une folie plus grande que celle dont il aurait voulu guérir les esprits les plus charmants de son siècle.
dame de Sévigné n'en a parlé que comme eax. • Quant à l'imputation d'avoir été delà coterie qui soutenait Pradon, ou , ce qui est la même chose, qui dépréciait Racine, comment pour^ rait-elle Justifier Molière d'avoir attaqué madame de Sévigné dans les Femmes savantes, qui sont de 1672, puisque le premier débat qui a éclaté entre Pradon et Racine a eu lieu à l'occasion de Phèdre, qui n'a paru qu'en 4677?
Enfin , rappelons-nous ici deux faits qui repoussent l'insinuation de M. Aimé-Martin : le premier, c'est qu'en i672, le duc de la Rochefoucauld invita madame de Sévigné à venir entendre chez lui une comédie de Molière, comédie qui ne pouvait être autre que les Femmes savantes, publiée au mois de mai de cette année; le second, c'est que madame de Sévigné écrit elle-même à sa fille , dans le même temps, qu'elle a ménagé au cardinal de Retz, retenu chez lui par la goutte , la lecture des Femmes savantes, par Molière , et le Lutrin de Despréaux.
Voici comment la Bruyère, dans la pré&ce qui précède son discours de réception à l'Académie française, s'élève contre ces gens a qui, a au lieu de prendre pour eux les divers traits a semés dans un ouvrage, s'appliquent à d^ a couvrir lesquels de leurs amis ou de leurs a ennemis ces traits peuvent regarder, etdona nent au public de longues listes ou clefs des a originaux auxquels ils ont jugé à propos de a les appliquer. Fausses clefs, dit Tauteur, a aussi inutiles au lecteur qu'injurieuses aux a personnes dont les noms sont déchiffrés, et « à l'écrivain. Dirai-je sérieusement, continuent t-il, et protesterai-je avec d'horribles sera ments, que je ne suis ni auteur, ni complice a de ces^ clefs qui courent, et que je n'en ai a donné aucune? Ne serait-ce pas comme si je a me tourmentais à soutenir que je ne suis pas a un malhonnête honrune, un homme sans paa deur, sans mœurs, sans conscience? Mais « conunent aurais-je donné ces sortes de clefs, « presque toutes différentes entre elles? quel « moyen de les faire servir à une même en- « trée? Nommant des personnes de la cour et a de la ville à qui je n'ai jamais parlé , que je « ne connais point, peuvent-elles partir de <( moi? Aurais-je donné celles qui se fabria quent à Romorantin, à Mortagne et à Be- « lesme, dont les différentes applications sont