‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 301 sur 359 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

« il possible que M. et madame de la Fayette a ne s'en payent pas^ et qu'ils aient peine à c< croire que j'aie supplanté mon amie?Gom- « bien ne fera-t-on pas mettre de sangsues «quand on saura ce qu'a fait mon esprit! a Vous m^avouerez, madame^ que cette petite a aventure achève admirablement toutes les « autres, et qu'après cela il n'y a plus qu'à al- « 1er à la Trappe pour finir glorieusement une a si belle vie. Uabbé Testa m'y -croit déjà; « mais, dites-lui, s'il vous plaît, qu'il se con- «t tente de m'écrire de très-froids billets, et « qu'il vous laisse faire des gazettes de tout ce a qui vous viendra à la tète. Je suis en très- « bonne santé , enfermée dans une assez belle a maison, un jardin très^pacieux , ne voyant « que les gens qui me servent, toute ravie, a tout extasiée dans la contemplation de ma a dernière aventure. Je vois tous les soirs votre « gros cousin (Louvois) (i), qui me dit quela que chose de son maître, et puis il s'en va; a car je ne voudrais pas causer longtemps « avec lui (2). Ce maître vient quelquefois chez « fiiùiy malgré moi, et s'en retourne désespéré, t{ jamais rebuté. Vous croyez bien qu'à son « retour chez lui il trouve à qui parler. Pour f< moi, je demeure tranquille par la vérité de fn mon procédé, n

Les observations qui se présentent à la lecture de cette lettre ne sont pas indifférentes.

D'abord, elle est certainement du temps où les enfants et la gouvernante habitaient la maison isolée de la rue de Vaugirard, dans laquelle personne n'entrait que M. de Louvois, ou, du moins, n'entrait habituellement.

Il est certain que le roi y allait quelquefois, au grand déplaisir de madame de Montespan, puisqu'en rentrant chez lui il trouvait à qui parler.

Ces points établis, qu'est-ce que cette petite aventure qui suppose madame de Montespan supplantée , et que madame de la Fayette ne

(I) Le marquis de Louvois était d'une grosseur extraordinaire. 11 avait épousé, le 19 mars 1663, une de Souvré, marquise deCourtenvaux, cousine de Bernard de laGuicbe, eomte de Saiut-Géran, mari de madame deSaint-Géran, née a Warignies. (Voyez Moréri aux mots Bernard de la GuicMe et Charles de Souvré,)

(7) Le maître du gros cousin est évidemment Louis XIV.

veut pas croire; cette aventure pour laquelle on dit madame Scarron enfermée^ et dont la suite doit être pour elle de chercher un refuge à la Trappe; cette aventure , qui a fait jaser l'abbé Testu et l'a refroidi pour madame Scarron, et qui fait qu'elle l'assure de sa trèsbonne santé?

Il me semble évident que quand madame Scarron se retira de la société qu'elle fréquentait, sans dire pourquoi, et se retira dans une grande maison isolée, avec des gens et un carrosse, il se trouva quelque mauvaise langue qui répandit, à petit bruit, ou que madame Scarron était grosse, qu'elle l'était du fait du roi, qu^elle avait fait cet affront à madame de Montespan; ou qu'après avoir cédé au roi, dans l'espérance de supplanter madame de Montespan, elle avait été déçue; que le roi ayant passé sa fantaisie, était retourné à madame de Montespan avec plus d'ardeiu* qu'avant, et que le roi avait donné à la belle abusée une maison pour y cacher son dépit, sa honte, le repentir de son ingratitude envers sa bienfaitrice ; et qu'elle cachait sa honte et son ingratitude dans une maison que le roi lui donnait, en attendant qu'elle allât expier sa faute et cacher son infamie dans quelque refuge comme la Trappe. •

La grossesse était une calonmie.

Mais il reste cette particularité, que le roi avait décidément jeté des regards amoureux sur madame Scarron, avant qu'elle et les enfants vinssent à Versailles et s'y établissent. Il reste, aussi, que madame de Montespan en avait déjà de l'inquiétude et en marquait an roi.

La lettre qu on vient de lire chargeait madame de Saint^éran de faire une espèce de réprimande à l'abbé Testu sur llndiscrétion de ses propos. Il paraît que l'abbé Testu s'excusa dans une lettre à madame Scarron. Elle lui répondit la lettre suivante, le 15 novembre :

« Ne vous alarmez pas de ma dévotion, mon « pauvre abbé; rassurez l'hôtel de Richelieu; a on n'oublie pas dans la solitude des amis à a qui l'on en doit tous les agréments. Ma vie, a dites-vous, n'a pas besoin de réforme : le a P. Bourdalouc ne me parlerait point sur ce a ton; vous êtes aujourd'hui mondain, vous a ne le serez pas toujours. Viendra un temps a où 'vous préférerez le ciel à la terre; vous

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