‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 305 sur 359 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

En vertu du régime alors établi dans la vie conjugale, nous verrons désonnais une alternative continuelle de brouilleries et de raccom- Qiodements entre madame de Montespan et le roi y entre madame Scarron et madame de Montespan. Durant ces misérables vicissitudes, madame Scarron fera des progrès suivis dans la faveur du roi, ainsi que dans l'estime et l'affection de la reine.

Tout cela s'explique par le résumé des faits passés. Le roi avait déclaré, en voyant la douleur que ressentait madame Scarron de la mort du premier de ses enfants , qu'il serait doux d'être aimé par madome Scarron. Il avait augmenté de son propre mouvement sa pension, et l'avait portée de 2,000 à 6,000 liv. Il avait placé le frère de madame Scarron d'inclination. Sous prétexte d'aller voir ses enfants dans la maison de Vaugirard , il allait souvent voir madame Scarron, qui alors le renvoyait désespéré et non rebuté; comme depuis elle le renvoyait affligé et non désespéré. Enfin, madame de Montespan était informée de ces visites; le roi trouvait à qui parler quand il revenait chez elle. Voilà rinclination du roi bien indiquée par ses empressements pour madame Scarron, et la jalousie de madame de Montespan bien motivée par la faveur de la gouvernante.

Une lettre que madame Scarron écrit à son frère, de Tournay, le 46 juin 1673 (elle était alors en chemin i|vec le duc du Maine pour aller consulter un empirique hollandais sur Tétât de cet enfant), montre qu*à cette époque elle était brouillée avec madame de Montespan. « N'espérez pas de plaisir, dit-elle à son frère, « sur le récit de ce voyage, ni sur la citadelle de a Tournay. Je suis trop ennuyée pour pouvoir « faire une relation agréable. Je trouverais en a mon chemin à vous dire des choses qui ne a vous amuseraient pas. Je me porte fort bien:

dicoort (Lettres de Maint., 1. 1, p. 1 4) : • La marquise

• d*Heudicoiirt était la complaisante de madame de

• Montespan ; et lorsqu^on faisait encore un mystère « de l'existence du duc du Maine et de son frère, cette « marquise avait à la cour un petit appartement où

• la maîtresse et la gouvernante se rendaient en sen cret. Madame Scarron avait pris chez elle sa fille «t (depuis comtesse de Montgon), qui passait tantôt

• pour la sœur de ces petits princes, tantôt pour leur « cousine. »

a je .^uis très - contente ^ car je suis disgra- « ciée (i). » Cette dernière phrase peut se traduire ainsi : « Je suis très-contente» car je suis disgraciée par madame de Montespan , parce que je suis en faveur auprès du roi. »

n est constant, par une lettre de madame de Sévigné à sa fille, du 7 août i675, qu'à peu près à la même époque de rannée-4673. madame de Montespan et madame Scarron étaient en guen-e ouverte. « Depuis près de deux ans, i< dit-elle, cette belle amitié (de mesdames de a Montespan et Scarron) s'est changée en une « véritable aversion, une aigreur, une anlipaa thie, comme du blanc au noir. Vous me de- « manderez d'où vient cela : c'est que l'oiigueil « de Vamie (madame Scarron) la rend révoltée tf contre les ordres de madame de Montespan : <c elle n^aime pas à obéir. Elle veut bien être au a père, mais pas à la mère. Elle fait le voyage « à cause de lui, |M)int du tout pour Tainour « d'elle. » (Ceci peut se rapporter au voyage de Tournay de 1673, ou à celui de Baréges de 1675). « Elle rend compte à Fun, et point à « l'autre. On gronde Tami (le roi) d'avoir trop a d'amitié pour cette glorieuse. »

Tout ce que madame de Sévigné dit, au milieu de 1675, des griefs de madame de Montespan, s'applique également à cette qKxjueet celle de 1673, puisqu'elle a dessein d'expliquer d'où vient cette brouillerie de deux ans. 11 me semble donc clair que, en 1673, la jalousie de madame de Montespan était en pleine irritation ; et la jalousie de madame de Montespan est tout ensemble Paccusation et la preuve du trop (f amitié du rot pour cette glorieuse de Scarron,

Madame de Sévigné, fort aimée de madame Scarron, était instruite, comme madame de Goulanges, de beaucoup de particularités secrètes des relations de la gouvernante avec madame de Montespan et le roi. Leur amitié est attestée par une lettre de madame Scarron à madame de Saint-Géran, et par celles que nous avons déjà vues de madame de Sévigné à sa fille.

Vers la fin de 1673, non-seulement la bigamie du roi n'était plus un mystère, mais elle devint un titre patent et solennel d'orgueil pour l'adultère. En décembre, furent données

(I) Édition de 177S, 1. 1, p. 96.

CHAHTRE XXXI;

et vérifiées au parlement des lettres de légitimation au duc du Maine, âgé de moins de quatre ans ; au comte de Vexin , âgé d'environ trois ans; et à mademoiselle de Nantes ^ qui fut depuis madame la duchesse (seconde)^ Agée de deux ans.

Les deux fils furent» en conséquence^ qualifiés de princes, et appelés à succéder au trône^ au défaut de princes du sang. Plus tard, en 1680^ des lettres patentes ordonnèrent qu'ils porteraient le nom de Bourbon. A ce sujet, le duc de Saint-Simon observe que, par un surcroît de privilège , ils furent décorés du surnom de la maison régnante y et de noms de provinces que les princes du sang même ne portaient pas (\). Nous avons vu au chapitre xxv^ page 479, à quel point ces choses indignaient le duc de Saint-Simon. Lorsqu'il écrivait œ que nous avons cité^ le comte de Toulouse était mort^ et toute sa colère s'était réunie sur le duc du Maine et la gouvernante.

En effets rélévatPon des élèves de madame Scarron était , aussi^ l'élévation de madame Scarron elle-même y elle lui donnait une existence considérable : et ce progrès de la fortune de la gouvernante n'était^ sansdoute^ pas ce qui plaisait le plus à madame de Montespan^ dans Félévation de ses enfants. Mais elle pouvait bien l'endurer pour le prix qu'elle en recevait. Sa position était bizarre. Elle ne pouvait se dissimuler que l'éducation donnée à ses enfants^ par madame Scarron, avait contribué^ dans l'esprit du roi, à la faveur qu'il leur accordait ; elle devait donc de la reconnaissance à la gouvernante, qui plaisait trop au roi. Elle était placée entre cette reconnaissance et la jalousie la plus ombrageuse et la mieux fondée.

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