CHAPITRE XXXlî
le fiEdtde la séparation^ madame de Caylus se borne aux paroles suivantes : « Ces deux o amants , pressés par leur conscience , se se- « parèrent de bonne foi, ou du moins ils le a crurent. Madame de Montespan vint à Paris, t visita les églises y jeûna , pria ^ et pleura ses d péchés. Le roi, de son côté, fit tout ce qu'un tf bon chrétien doit faire, d
Le 16 avril, peu après l'événement, madame de Scudéry écrivait au comte de Bussy-Rabutin : a Le roi et madame de Montespan se sont «L quittés, s'aimant, dit-on, plus que la vie, a purement par un principe de religion. On dit c( qu'elle retournera à la cour sans être logée « au cbAteau, et sans voir jamais le roi que a chez la reine. J'en doute, ou que du moins « cela puisse durer ainsi ; car il y aurait gnmd d danger que Pamour ne reprit le dessus. »
Le iO mai, madame de Sévigné écrit à son cousin : « Je ne vous parie pas de tout ce qui € s'est passé ici depuis un mois. 11 y aurait « beaucoup de choses à dire , je n'en trouve « pas une à écrire. »
Bnssy, instruit par madame de Scudéry, répond nettement à madame de Sévigné, malgré la réserve de celle-ci : a Je ne doute point a que Tamour ne soit égal à ce qu'il était, et a que toute la différence n'aille qu'à plus de a mystère : ce qui le fera durer plus long- « temps. » Nous verrons si ce jugement d'un homme du monde » n*était pas aussi éclairé, que la confiance de l'évéque de Gondom dans la conversion des amants l'était peu.
Dès que la séparation fut décidée et opérée, le roi fit ses dévotions, et partit pour l'armée sans voir madame de Montespan, même sans lui écrire. Madame de Montespan alla à Glagny, où elle avait à dépenser quelques millions que le roi lui avait donnés pour adoucir ses chagrins, ou pour soulager l'ennui de la contrainte passagère à laquelle elle se soumettait (1).
Le roi, étant à l'armée, recevait par écrit la suite des conseils et des exhortations de Bossuet.Le 7 juin 1676, madame de Sévigné écrit à sa fille : a Le roi a fait ses dévotions à la a Pentecôte (2). Madame de Montespan les a
(1) Bausset, manuscrit de Ledieu.
(?) Bausset, 1. 11, p. 58. « Le jour de la Pentecôte « approche, où V. M. a résolu de conununier... Elle • m'a commandé de Ten faire souvenir. •
« faites de son côté. Sa vie est exemplaire. Elle a est très-occupée de ses ouvriers, et va à a Saint-Cloud , où elle joue au hoca. » Ce jeu de hasard était devenu en vogue après la bassette. Saint-Cloud était la résidence de Monsieur.
L'héroïque renonciation à la cour, attribuée par la Beaumelle à l'esprit de pénitence dont madame de Montespan se trouva si subitement et si complètement animée, les encouragements dont il prétend que madame de Maintenon fortifia sop amie^ sont des fables démenties par une lettre de madame de Maintenon à Gobelin, au moment que la résolutioii du roi éclata. Voici ses paroles : a Je n'ai ja- « mais eu tant d'envie de vous voir que dans a cette a(&ttre-ci. Mais nous faisons une vie « qui m'ôte toute espérance de pouvoir vous « donner un rendez-vous sûr ; car madame de «Montespan sort depuis le matin jusqu'au « soir, et n'a gardé la chambre qu'un seul « jour, et je n'en fus pas avertie. Cependant je « vous verrai avant mon départ (1 ). Je ne puis « vous marquer le jour. Vous entendrez dire « que je vis hier le roi. Ne craignez rien; jp «lui parlai en chrétienne, et en véritable « amie de madame de Montespan. » Cette lettre , qui n'est point expressément datée, porte sa date dans les faits qu'elle présente.
Les trois personnages qui s'étaient séparés à la fin d'avril, le furent pour plusieurs mois. Le roi était, conune on l'a vu, à l'armée de Flandre ; madame de Montespan^ dans sa maison de Clagny, où le Nôtre dépensait l'argent consolateur de l'amant magnifique; madame de Maintenon était à Baréges, avec le duc du Maine.
Le voyage de madame de Maintenon se faisait à petites journées^ et se prolongeait encore par des séjours dans tous les lieux où le jeune prince se plaisait; et, aussi, dans le Poitou, pays natal des d'Aubigné, où elle prenait plaisir à visiter sa famille.
Dans le cours de ce voyage, elle écrit, le 20 mai, du Petit-Niort, à l'abbé Gobelin, une lettre dao^ laquelle se trouve un passage remarquable : a J'ai dîné aujourd'hui à Pons, et (c je suis venue souper ici; nous coucherons
(1) Pour Baréges^ Ce voyage eut lieu tout au corn* mencement du mois de mai.