‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 314 sur 359 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

<i demain à Blaye. M. et madame la maréchale <c d'Albret nous ont reços avec tous les honc( neurs et toute Tamitié que M. le duc et moi d pouvions espérer. Enfin les présents nous d traitent fort bien; mais il n'en est pas de « m^me des absents. Et vous aussi^ vous m'ar a bandonnez! Je ne reçois de lettres que d'un n seul homme, et si l'on continue, on me per^ c suadera qu'il ne faut faire fond que sur des « gens dont l'amitié est plus vive quç vous ne n le voulez. » Ce seul bonmie dont elle reçoit des nouvelles, et dont Tamitié est plus vive qu'elle ne voudrait, est évidemment le roi. Je ne néglige aucune preuve de l'attention persévérante du roi, parce que la longue durée de ses sollicitations annonce d'avance jusqu'où pourra aller son amour.

Madame de Maintenon n'est revenue de BarégeSy avec le jeune prince, que dans le mois de novembre. Pendant son absence, que se passait-il à la cour et à l'armée?

L'histoire nous apprend que le roi, qui était parti dans les premiers jours du mois de mai pour l'armée des Pays-Bas, prit Dinant le 29, et ne revint à Versailles que le i 8 ou le 20 juillet.

Pendant ce temps-là, madame de Montespan partageait son temps entre Tembellissement de Clagny et des empressements pleins de respect pour la reine, qui prenait plaisir à favoriser son beau repentir, et sa résignation à une vie plus régulière. .

Ici, je n'ai rien de mieux à faire que de transcrire les relations de madame de Sévigné à sa fille. Le 12 juin, elle lui écrit ce qui suit : a Madame de Montespan continue son bàtia ment; elle s'amuse fort à ses ouvriers. Mon- « sieur la voit souvent; elle va à Siûnfr-Cloud a jouer à l'hombre... La reine alla hier faire (I collation à Trianon. Elle descendit à l'église, « puis à Clagny, où elle prit madame de Mon- « tespan dans son carrosse, et la mena à Tria- « iK>n avec elle. »

Le 14 juin. «La reine, en allant prendre « madame de Montespan à Clagny, monta dans u sa chambre, où elle fut une demi-heure. Elle a alla dans celle de M. du Yexin, qui était un «peu malade, et puis emmena madame de « Montespan à Trianon. »

Le même jour : « Il y a des dames qui ont « été à Clagny. Elles trouvèrent la belle si oc-

a cupée de ses ouvrages et des rachantements a que l'on fait j[>our elle, que pour moi je me « représente Didon qui fait bâtir Carthage (i). a La suite de cette histoire ne se ressemblera 0 pas... La reine a dîné aujourd'hui aux Car» et mélites du Bouloi, avec madame de Monte»ft pan et madame de FontevrauH. Vous verrez cr de quelle manière se tournera cette amitié, n

Le 28 juin. « Vous jugez très-bien de Quana tova (madame de Montespan); si elle peut <f ne point reprendre ses vieilles brisées, elle <c poussera sa grandeur au delà des nues; mais a il faudrait qu'elle se mtt en état d'être aimée ff toute l'année sans scrupule (2); en attendant, a sa maison est pleine de toute la cour; les vice sites se font alternativement, et la considéra- « lion est sans bornes. »

Une autre lettr-e, du 3 juillet, porte : « Ah ! a que l'autorité et la considération seront « poussées loin, si la conduite du retour est « habile ! Cela est plaisant, que tous les inté- « rets de Quanto et toute sa politique s'accw- <x dent avec le christianisme, et que le conseil a de ses amis ne soit que la même chose avec <v celui de M. de Condom (Bossuet). Vous ne a sauriez vous représenter le triomphe où elle a est au milieu de ses ouvriers, qui sont au <i nombre de douze cents : le palais d'Apollia don et les jardins d'Annide en sont une léa gère description. La femme de son ami soir lide (la reine) lui fait des visites, et la face mille tour à tour ; elle passe nettement devant « toutes les duchesses ; et celle qu'elle a placr cée (madame de Richelieu] témoigne tous les

(1) Madame de Sévigné fait , dans une autre lettre à sa fille, du 7 août^ la description du jardin de Clagny. « Nous fûmes, ditrelle, à Gagny. Que vous di- « rai-je ? c'est le palais d'Armide. Le bâtiment s'élève c< à vue d'œii. Les jardins sont faits. Vous connaissez « la manière de le Nôtre. Il a laissé un petit boissom-

• bre qui fait fort bien. Il y a un bois entier d'orangers

• dans de grandes caisses. On s*y promène ; ce sont « des allées où Ton est à Tombre ; et pour cacher les. « caisses, il y a des deux côtés des palissades à hau- « teur d*appui, toutes fleuries de tubéreuses, de roses,

• de jasmins, d'çBiJlets : c'est assurément la plus

• belle, la plus surprenante et la plus enchantée nou- « veauté qui se puisse imaginer. On aime fort ce « bois, y»

(2) C'est-à-dire qu'elle ne se bornât pas à suspendre le dérèglement de sa vie à l'époque des grandes fêtes de l'Église,

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