CHAPITRE XXXIV
tf Ce jeudi soir, i676. Madame de Montespan « et moi avons eu une conversation fort vive. « Gonune je suis la partie souffrante, j'ai beau- « coup pleuré. El/e en a rendu compte au roi « à .ta mode. Je vous avoue que j'ai bien de la « peine à demeurer dans un état où j'aurai tous « les jours de pareilles aventures. Il me serait « bien doux de me remettre en liberté. Tai tf eu mille fois envie d^éire religieuse. La peur « de m'en repentir m'a fait passer par-dessus « les mouvements que mille autres auraient « appelés vocation. Je meurs d'envie, il y a sept « mois, de me retirer, et la niême crainte m'en c( empêche : c'est une prudence bien timide, et « qui me fait consumer ma vie dans d'étranges a agitations... Je sais bien que je puis faire ici a mon salut; mais je crois que je le ferais a mieux ailleurs. Je ne puis comprendre que a la volonté de Dieu soit que je souffre de ma- « dame de Montespan. Elle est incapable d'ami- « tié, et je ne puis m'en passer. Elle ne saurait « trouver en moi les oppositions qu'elle y trouve <c sans me haïr. Elle me redonne au roi comme « il lui plaît, et m'en fait perdre l'estime. Je « suis avec lui sur le pied d'une bizarre qu'il « faut ménager. Je ne puis lui parler seule , a parce qu'elle ne me le pardonnerait jamais; « et quand je lui parlerais, ce que je dois à « madame de Montespan ne p.eut me permettre « de parler contre elle. »
Une lettre explicative de celle qu'on vient de lire, et qui heureusement porte la date précise du lundi 29 juillet, détermine très-approximativement celle de la précédente. La voici : a Je « pense toujours de même, quoique le chan- « gement de mon style vous ait fait craindre (f un changement d'idée. » (Cette phrase suppose une lettre intermédiaire, d'un ton moins triste que la précédente.) « Comme je vous a parle sincèrement, je ne vous dis point que c( c'est pour mieux servir Dieu que je voudrais « quitter la cour : je crois que je puis faire ici « mon salut. » (On entrevoit ici laveu d'un peu de dépit causé par les variations du roi.) « Mais or je ne vois rien qui nous défende de songer à « notre repos, et à nous tirer d'un état qui nous « trouble à tout moment. Je me suis mal ex- « pliquée, si vous avez compris que je songeais « à être religieuse. Je suis trop vieille pour il changer de condition; et, selon le bien que ff j'aurai, je songerai à m'établir en pleine tran-
« quillité* Dans le monde, tous les retours sont c( pour Dieu; dans le couvent, tous les retours a sont pour le monde. Voilà ma grande raison ; « celle de l'âge vient ensuite. Madame de Ri- « chelieu est présentement avec madame de « Montespan. Je me consume de chagrins et (c de veilles, je sèche à vue d'œil, et j'ai des vaa peurs mélancoliques, n
Cette lettre fournit matière à réflexion. Madame de Maintenon veut toujours se pimndre de la cour, et quand elle s'y trouve mal, et quand elle s'y trouve bien. Mais elle ne veut pas être prise au mot.