CHAPITRE XXXllI
<r tel que lui^ de n'avoir pas Vesprit de cour, a c'était lui accorder un titre de plus à l'esatime? La. fermeté tranchante du duc de « Montausier pouvait n'être pas déplacée dans « un honune de sa proressiou^ et^ surtout, de o son caractère; mais la longue expérience de aBossuet^ et sa profonde connaissance du a cœur humain^ lui avaient appris que la doute ceur^ la patience et les exhortations évangé- € liques sont les véritables armes d'un évéque « pour combattre les passions^ et qu'elles ser- « vent plus souvent à en triompher que ces dé- « cisions brusques et absolues qui obtiennent « rarement un si heureux succès. L'événement u justifia la sagesse de Bossuet. L'intrépide « fermeté du duc de Montausier^ et la parole u que lui avait donnée Louis XIV^ n'empéchèa rent pas ce prince de reprendre bientôt <( après les chaînes qui le livrèrent encore à la a domination de madame de Montespan. Boso suet^ au contraire, par la rectitude de sa tt conduite, par ses utiles instructions, et sur- « tout par ce caractère de vertu et de sagesse « qui ne l'abandonnaitjamais dans les circons- (f tances les plus difficiles et les plus délicates, c< vit, enfin, ses vœux couronnés. H suffirait <c d'ailleurs , pour la justification de Bossuet, a d'observer que madame de Maintenon est la « seule de tous ses contemporains qui se soit a permis, en cette occasion, de donner conune a un témoignage de mollesse , ou comme un a défaut d'esprit de la cour, une conduite a pleine de bienséance, et conforme aux maxitf de la prudence chrétienne.
a Mais on serait également injuste envers « madame de Maintenon, si on se plaisait à a attribuer le chagrin de voir madame de Mona tespan revenir à la cour, à des motifs peu « dignes d'elle, et à ces petites passions qu'on « retrouve si souvent dans la société. Toute la « suite de sa vie a montré, qu'en cette occac sion, sa peine la plus sensible fut la perte a des espérances qu'elle avait déjà conçues de a ramener le roi à une conduite plus conforme « aux sentiments de religion et de piété dont « elle était pénétrée. »
M. de Bausset se fonde sur les Mémoires de Saint-Simon, et il en cite l'extrait suivant :
a Bossuet était un homme dont les vertus, « la droiture et l'honneur étaient aussi insépa- « râbles que la science et la vaste érudition. La
« place de précepteurde M. le Dauphin l'avait a familiarisé avec le roi, qui s'était plusieurs a fois adressé à lui dans les scrupules de sa « vie. Bossuet lui avait souvent parlé là-dessus « avec une liberté digne des premiers siècles et « des premiers évéques de l'Église; il avait ina terrompule cours de ses liaisons plus d'une a fois; il avait osé poursuivre le roi, qui lui « avait échappé. // fit à la fin cesser tout corna merce, et acheva de faire couronner cette « grande œuvre par les derniers efforts qui « chaussèrent pour jamais madame de Monies- « pan de la cour (i). o
Les instructions de Bossuet, ses représentations sages, mesurées, faites à propos, ont, sans doute, pu concourir au renvoi de madame de Montespan en i680, mais très-faiblement. Les causes déterminantes, comme nous le verrons dans les événements de cette année 1680, et des précédentes, ont été l'inconstance du roi, la lassitude des continuelles avanies qu'elle lui attirait, et surtout la douceur, la^ raison pleine de charmes, le vif mtérôt qu'il trouvait dans la conversation de madame de Maintenon, son inclination pour elle, le désir de se fixer à la possession du noble cœur qu'il lui avait reconnu.
Mais, supposé que la sagesse de Bossuet ait en effet contribué, en 1680, au renvoi de madame de Montespan, le reproche que lui fait madame de Maintenon sur sa conduite, en 1676, ne serait pas moins juste.
M. de Bausset aurait, peut-être, dû se défier de l'intérêt qui l'attachait à la gloire de Bossuet, et surtout de l'aversion qu'il a dû reconnaître dans le duc de Saint-Simon pour madame de Maintenon ; il n'aurait pas refusé à cette femme illustre im témoignage mérité de son heureuse influence sur le retour du roi à des habitudes régulières, pour l'attribuer exclusivement au prélat qui avait tant d'autres titres à ses hommages.
Ce que madame de Maintenon prévoyait quand elle écrivait à Gobelin : « J'aurai de « grands chagrins, » ne tarda pas à se réaliser. Elle lui écrivit une lettre sans date, autre que celle de 1676; mais qui est certainement du mois de juillet, conmie on le verra par une lettre suivante, qui est explicative de celle-ci.
(1) Histoire de Bossuet, t. II, p. 74, 75 et 76.