CHAPITRE XXXIV
sa beauté; et sa gaieté, ajoute-t-elle^ est extréme comme sa parure.
n parait que ces moyens ne firent aucun effet; le 44, une autre lettre de madame de Sévigné dit que madame de Montespan a coma mence à se lasser de Texposition publique a dans les grands appartements. Elle fut plu- « sieurs jours à n'avoir pas la force de s'habil- <f 1er. » Cette bouderie réussit mieux que la parure affectée et la gaieté feinte. Le 26^ madame de Sévigné écrit : a On la croit toute réu tablie dans sa félicité. » Enfin, le S septembre, elle raconte à sa fille que « la vision de il madame de Soubise a passé plus vite qu'un a éclair... Au jeu, elle a la tête appuyée fami- « lièrement sur l'épaule de son ami. On croit fit que cette affectation était pour dire : Je suis a mieux que jamais. »
Mais, peu après cet beureux jour, nouvelle crise. Madame de Maintenon était revenue de son domaine , où le roi lui avait a envoyé le a Nôtre pour ajuster cette belle et laide terre. « Sa faveur était extrême, dit madame de Sé- « vigne dans sa lettre du 26. Lami de Quanto « [le roi) en parlait comme de sa première ou a seconde amie ; il lui avait envoyé un illustre a {le Mire) pour rendre sa maison admirable- « ment belle. Monsieur y devait aller, peuta être même avec madame de Montespan. »
Dans sa let^e du 2 septembre, après le retour de Maintenon, madame de Sévigné écrivait : (c La faveur de madame de Maintenon « est extrême.. »
Le 4, on apprend que « Quanto [madame de a Montespan) n'a point été un jour à la comé- « die, ni joué deux jours.» Grands événements !
Le il, madame de Sévigné écrit : « Tout-le a monde croit que l'étoile de Quanto pâlit. Il (c y a des larmes, des chagrins naturels, des (( gaietés affectées, des bouderies; enfin, ma « chère, tout finit. On regarde, on observe, on « s'imagine , on croit voir des rayons de lua mière sur des visages que l'on trouvait ina dignes, il y a un mois, d'être comparés aux <c autres. » Ces on là, c'est la cour. L'on qui suit regarde le roi : a On (le roi) joue fort gaiea ment, quoique la belle garde sa chambre. »
Le 30 septenibre, madame de Sévigné écrit à sa fille : « Tout le monde croit que Yami (le a roi) n'a plus d'amour, et que Quanto (ma- (C dame de Montespan) est embarrassée entre I
a les conséquences qui suivraient le retour des «faveurs, et le danger de n'en plus faire, « crainte qu'on n'en cherche ailleurs. D'un a autre côté, le parti de l'amitié n'est point pris <x nettement ; tant de beauté encore et tant <f d'orgueil se réduisent difficilement à la sea conde place. Les jalousies sont vives; mais « ont-elles jamais rien empêché ? »
Le surlendemain, c'est autre chose. Madame de Sévigné écrit, le 2 octobre, à sa tille a que, « la veille, l'ami et l'amie (le roi et madame de^ a Montespan) avaient passé toute la journée a ensemble. La fenmie (la reine) était venue à a Paris; on dîna ensemble. On ne joua pas en « public. Enfin, la joie était revenue, et tous « les airs de jalousie avaient disparu. Comme a tout change d'un moment à l'autre ! d
Variations misérables ! alternatives grossières d'appétits et de dégoûts du côté du roi ; de futiles jouissances et de chagrins avilissants, du côté de madame de Montespan ! Un jour, on voit en elle la vanité contente d'imposer quelques heures de plus aux courtisans, par des apparences de faveur ; le lendemain, ce sont de ridicules désespoirs où tombe cette vanité, par l'évidence de la disgrâce.
Désormais, le cœur du roi suit madame de Maintenon dans son domaine. Il l'embellit ; il donne ses ordres pour le jardin ; il en donne pour l'ameublement de la maison. Le maréchal d'Albret, ancien ami de madame de Maintenon, était mort dans le mois de septembre : il lui avait écrit, avant d'expirer, une lettre pleine d'estime et d'affection. Le roi savait la douleur profonde que madame de Maintenon ressentait de la perte de cet ami : il fait placer le portrait du maréchal d'Albret dans la galerie de Maintenon. Et cependant madame de Maintenon n'était point heureuse : on devinera aisément pourquoi, en lisant ce qu'elle écrivait à son frère après un nouveau séjour à Maintenon. « Maintenon, dit-elle, est fort embelli. En a entrant dans la galerie, la première chose « que j'ai vue, c'est le portrait du maréchal a d'Albret : j'ai pleuré. Le roi veut faire un a lieu charmant de ce château. Il y a envoyé a M. le Nôtre, et /y trouve tous les jours des a présents de la belle dame. Vous mourez d'ena vie de venir dans le grand monde, et moi d'en (C sortir. » A quelque temps de là, elle écrivait à l'abbé Gobelin : « Si je suivais mon inclina-