‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 327 sur 359 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

a tion, il n'y a pas de moment dans la journée a que je ne demandasse à me retirer. Il est ima possible que je soutienne longtemps la vie a que je mène. Je prends trop sur moi pour a que l'esprit et le corps n*y succombent pas^ a peut-être tous les deux. » Vous avez Texplication de cette mélancolie dans un mouvement de jalousie dont ne se défend pas Pamour le plus chaste. Les présents que madame de Monte^;>an faisait trouver chaque jour à Maintenon prouvaient un retour de sécurité sur Pamoiur dont le roi lui redonnait des marques. Madame de Maintenon croyait que madame de Montespan cessant d'éU*6 jalouse d^elle^ c'était à son tour de l'être de madame de Montespan.

Madame de Sévigné^ plus désintéressée que madame de Maintenon, jugeait mieux le cœur du roi à l'égard de madame de Montespan. a II n'y a plus que la crainte^ » écrivait-elle le 7 octobre^ a qui attache à Quanto. » Sousentendez la crainte des éclats de la jalousie de cette femme altière. Madame de Sévigné la regardait comme tout à fait sortie du cœur du roi. Le 45 du même mois^ elle adressait à sa fille ces réflexions^ d'une profonde sagesse et d'une parfaite honnêteté : « Si Quanto avait a bridé sa coiffe à Pâques de l'année qu'elle « revint à Paris^ elle ne serait pas dans Fagitaa tion où elle est. Il y avait du bon esprit à . a prendre ce parti. Mais la faiblesse humaine « est grande. On veut ménager des restes de « beauté. Cette éox)nomie ruine plutôt qu'elle a n'enrichit. 0

Dans les mois de novembre et de décembre^ madame de Montespan épuisa^ pour se rendre les charmes de la jeunesse^ toutes les ressoui^ ces qui restent à la beauté par les ans confir- , mée. Elle avait trente-cinq ans en 1676^ et^ comme le disent les Mémoires de Madame^ ufie grosse vilaine taille ^ qui rappelait ses huit enfants^ et elle dansait et se parait comme une femme de dix-huit, a Quanto , » dit madame de Sévigné dans une lettre du 11 novembre, « dansa aux derniers bals toutes sorte tes de danses comme il y a vingt ans^ et dans tt un ajustement extrême. » Et le roi^ toujours voluptueux^ qui se flattait par moments de revoir des mêmes yeux et de retrouver dans le même éclat les charmes dont il avait été épris^ se prêtait aux illusions de la parure^ et se plaisait à y ajouter sa magnificence.

Une lettre de madame de Sévigné, du 6 novembre, raconte avec sa grâce ordinaire comment le roij sous le nom d'un certain Langlée, espèce d'aventuner qui tenait un jeu à la cour, lui dcxma la plus belle robe dont on eût jamais eu l'idée : « M. de Langlée a donné à a madame de Montespan une robe d'or sur or, a rebrodé d'or^ rebordé d'or, et par-dessus un a or frisé, rebroché d'un or mêlé avec un cera tain or, qui fait la plus divine étoffe qui ait a jamais été imaginée : ce sont les fées qui ont a fait cet ouvrage en secret. Ame vivante n*en c avait connaissance ; on la voulut donner aussi a mystérieusement qu'elle avait été fabriquée. <t Le tailleur de madame de Montespan lui ap- « porta l'habit qu'elle lui avait ordonné; il eu <x avait fait le corps sur des mesures ridicules, a Voilà des cris et des gronderies , comme « vous pouvez le penser. Le tailleur dit eu a tremblant : a Madame , comme le temps « presse, voyez si cet autre habit que voilà ne « pourrait point vous acconunoder, faute d'au- « tre: » On découvrit l'habit : Ah ! la belle chose, a la belle étoffe ! vient-elle du ciel? il n*y en a a point de pareille sur la terre. On essaye le a corps, il est à peindre. Le roi arrive. Le taila leur dit : Madame, il.est fait pour vous. On a comprend' que c'est une galanterie. Mais « qui peut l'avoir faite? C'est Langlée^ dit le « roi. C'est Langlée, assurément, dit madame m de Montespan; personne que lui ne peut a avoir imaginé une telle magnificence : c'est « Langlée, c'est Langlée! Tout le monde ré- « pète : C'est Langlée ! Les échos en demeu- D rent d accord, et disent : C'est Langl^! Et

«paoi, ma fille, je vous dis, pour être à la

a mode : C'est Langlée! »

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