CHAPITRE XXXV
mêmes alternatives de refroidissement et d'ardeor entre le roi et madame de Montespan,^ de galanteries entre le roi et quelques femmes de la cour; et au milieu de ces aventures d'un genre fort conunun , le progrès lent^ très-peu dramatique^ très-peu sensible^ de l'empire que madame de Maintenon prenait sur Tesprit du Teiy par la sagesse^ la convenance^ le charme de sa conversation (i).
Le roi n'avait jamais donné de fêtes plus magnifiques que dans rhiver de 1677. On a fait honneur de cette somptuosité, très-déplacée^ au dessein de détourner le soupçon d*une nouveUe campagne. Dans le fait, le A de mars, dans le moment que l'Europe le croyait le plus occupé des plaisirs du carnaval, il se trouve à la tète des armées de Flandre, commandées par les maréchaux d'Humières et de Luxembourg. Il établit son quartier à Famurs, fanum MartiSy temple de Mars. Yalenciennes est pris d'assaut, Cambrai pris, SaintrOnier pris, après une grande bataille gagnée à Cassel. On annonce le retour du roi triomphant à Saint-Germain , pour la fin du mois de mai, après trois mois d'absence.
Madame de Maintenon n'était pas encore certaine, alors, de faire un second voyage à Baréges avec le duc du Maine. Elle vivait fort mal avec madame de Montespan , qui , par les lettres qu'elle écrivait au roi, réussissait toujours à regagner, non son cœur, mais sa faveur. Aussitôt qu'elle vit approcher le retour du roi, elle décida que le voyage de madame de Maintenon à Baréges aurait lieu; elle le pressa même. Mais madame de Maintenon différa l'exécution de ses ordres. Elle voulut se trouver à l'arrivée du roi, par la même raison qui décidait madame de Montespan à empêcher qu'elle s'y trouvât. Le 27 mai, madame de Maintenon écrivait à son frère : « Le roi ar- « rive lundi à Versailles, et nous y allons dift manche (elle et le duc du Maine), quoique « l'on crût être défait de nous. Vous croirez a bien, vous qui me connaissez, que Ton ne a s'en défait pas aussi aisément. Quand nous
(1) n 86 trouve une interruption de cinq à six mois dans la correspondance de madame de Sévigné avec sa fille, madame de Grignan étant arrivée à Paris le 22 décembre lo7«, et n'étant retournée qu*au mois de juin 1677.
« aurons vu le roi, je vous écrirai le jour que a M. du Maine et moi partirons, etc. »
La même lettre, dans Tédition de Nancy, renferme ces mots : a Ne vous croyez point a mal à la cour, nous nous y soutiendrons. »
Ce que madame de Maintenon attendait du roi était un accueil bienveillant, pas autre chose. Je me trompe: elle aurait désiré, de plus, qu'il n'y eût point de passion dans celui qui serait fait à madame de Montespan. Ce désir fut trompé ; elle partit pour Baréges.
Le il juin, madame de Sévigné écrivait à madame de Grignan ce qu'elle savait, ce qu'elle avait vu de l'accueil fait par le roi à madame de Montespan : a Ah, ma fille I quel triomphe «à Versailles! quel orgueil redoublé! quel a solide établissement! quelle duchesse de Va- « lentinois (allusion à Diane de Poitiers) ! quel <r ragoût, même par les distractions et par « l'absence 1 quelle reprise de possession ! Je a fus une heure dans cette chambre ; elle était « au lit , parée , coifTée. Elle se reposait pour « la medianoche. Je fis vos compliments. Elle a répondit des douceurs, des louanges. »
On a beaucoup vanté l'esprit de madame de Montespan. Conunent le ci*oire aussi éclairé et aussi élevé qu'il était piquant, lorsqu'on la voit confondre les empressements d'un roi voluptueux, au moment d*un retour après une longue absence, avec un de ces retours de tendresse et d'affection qui attestent les douces et vives sympathies des ftmes délicates et des intelligences élevées?
Le roi, à peine arrivé, et pendant que l'orgueil de madame de Montespan était aii plus haut degré d'exaltation, prit du goût pour la comtesse de Ludres, qui était attachée au service de Madame. Les écrits du temps la représentent belle et spirituelle. Son règne ne fut pas long. Elle fut une des plus intéressantes victimes de l'empire que Louis XIV exerçait sur toutes les fenunes de sa Qpur, et de l'empire qu'une d'elles exerçait sur lui.
Le 18 juin, madame de Montnoorency écrivait au comte de Bussy : a Le roi , allant ou a revenant de la messe, regarda madame de « Ludres, et lui dit quelque chose en passant, a Le même jour, cette dame étant allée chez « madame de Montespan, celle-ci la pensa étran- « gler, et lui fit une vie enragée. Le lendemain, « le roi dit à Marsillac, qui était à la messe de