‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 330 sur 359 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

cla veille^ qu*il était son espion; de quoi oMarsillac fut fort embarrassé. Le lendemain^ « il pria le roi de trouver bon qu'il allât faire . a un petit voyage de quinze jours à Liancourt. a On dit qu'il ne reviendra pas sitôt, et qu'il a pourrait bien aller en Poitou^ car Sa Migesté a lui accordera son Congé fort, librement (1). d On voit par les lettres de madame de Sévigné que le roi , après avoir disgracié Marsillac, craignant le ressentiment de son impérieuse favorite^ sacrifia madame de Ludres, qui lui plaisait. Madame de Sévigné^ après sa visite à^adame de Montespan , en alla faire une à madame de Thianges^ sa sœur. Elle en sortit indignée des traits que celle-ci lança de haut en bas sur la pauvre Jo (nom sous lequel madame de Sévigné désigne madame de Ludres). « Figurez-vous^ » dit-elle à madame de Grignan^ atout ce qu'un orgueil peu géné- <f reux peut faire dire dans, le triomphe, et a vous approcherez de ses discours. On dit <c que la petite reprendra son train ordinaire a chez Madame. »

Une autre lettre^ du 45 juin^ nous apprend que lo a été à la messe du roi^ à la suite de Madame : « Le roi Ta regardée sous cape ; a mais on {le roi) est insensible à son état et à « sa tristesse. » Le lendemain, madame de Sévigné dit que «la dureté ne s^est point démena tie. » Elle ajoute : « Trouvera-t-on encore « des dupes sur la surface de la terre? » Dix jours après, c'est-à-dire le 25 juin, elle donne encore des nouvelles de madame de Ludres, toujours la désignant sous le nom de /o, et orthographiant ce qu'elle en dit comme madame de Ludres prononçait. « ^infortunée lo est au a Poussei (au Bouchet) , cez matame te Cle- « rampo (chez madame de Glérambault) ; elle « a passé une nuit tans les sans (dans les a champs), comme une autre Ariane. Ah! où « était Bacchus pour la consoler, et pour faire <c briller sa couronne dans les cieux ? Hélas ! a il était tranquille, au comble de la gloire^ a et peut-être sur une haute montagne, où, se- <i Ion Tordre que Dieu a établi dans ce monde, a on trouve aussi une allée (2). » Le 30 juin, madame de Sévigné représente io dans Fin- Ci) SupplémeDt de Bussy, IP partie, p. 41. (2) Madame de Sévigné ne joue-t-elle pas sur le nom de Mont-Espan par analogie avec Mont-Liban?

nocence et la solitude de la campagne, a h a est dans les prairies en toute liberté, et n'est « observée par aucun Argus : Junon tonnante « et triomphante, d Le 2 juillet, elle apprend à sa fille le retour d7o à Versailles , où elle fait son service près de Madame. Le 7 juillet, elle lui dit : a Vous ne pouvez assez plaindre, <c ni assez admirer la triste aventure de cette « nymphe [lo) : quand une certaine personne a en parle, elle dit Ce haillon. L'événement a rend tout permis. » Le 2S, elle écrit : « lo i( est chez Madame tout comme elle était ; « belle comme un ange. Pour moi, j'aimerais « mieux ce haillon loin que près. » Le 4 septembre, elle raconte à sa fille cette anecdote : a Un homme de la cour disait l'autre jour à a madame de Ludres : a Madame, vous êtes, « ma foi, plus belle que jamais.— Tout de bon? a dit-elle ; j'en suis bien aise, c'est un ridicule a de moins, d J'ai trouvé cala plaisant. » Le 6 septembre , elle écrivait de Vichy : « Madame a disait l'autre jour à madame de Ludres, en « badinant avec un compas : « Il faut que je a crève ces yeux-là, qui font tant de mal. — «Crevez-les, madame, puisqu'ils n'ont pas a fait tout celui que je voulais. »

On voit, dans les Mémoires dé Madame, que madame de Ludres finit par se retirer dans un couvent à Nancy, où elle vécut jusqu^à un âge fort avancé.

Après madame de Ludres vint madame de Grammont, quoique le roi fût toujours, servilement plutôt qu'amoureusement, dans les chaînes de madame de Montespan. Le 15 octobre, madame de Sévigné écrivait à -sa fille « qu'on nommait la comtesse de Grammont « pour une des mouches qui passaient devant « les yeux . » Madame de Gay lus dit qu'elle avait pour elle le goût et Vhahitude du roi , c'est-àdire sa famiUarité. Gette passade donna lieu à une bouderie de madame de Montespan. Elle alla, alors, faire une visite à madame de Maintenon, qui était récemment revenue de Baréges , et resta deux ou trois jours chez elle* C'est ce que nous apprend madame de Sévigné, dans une lettre du 15 octobre.

Il n'est pas difficile de deviner ce que madame de Maintenon pensait, et des boudées de madame de Montespan , et des dérèglements continuels du roi. Ce qui mérite ici d'être observé, c'est l'effet que produisait le specta-

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