‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 343 sur 359 · CHAPITRE XXXVlï · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVlï

écrit au comte de Bussy-Rabutin : a Oq parle « de changements d'amours à la cour; le temps « nous en éclaircira (i). rf

Le 4^ mars, le marquis de Brichanteau écrit : <i Madame de Montespan partit , mera credi 15 de ce mois , brusquement de Saint- «r Germain pour Paris. On dit qu'il y a quelque « brouillerie dans le ménage , et que cela vient a de la jalousie quY*ile a d'une jeune fille de a Madame^ appelée Fontanges. »

Madame de Montespan ne connaissait pas la passion du roi pour mademoiselle de Fontanges; elle ignorait sa grossesse^ qui n'était plus un secret que pour elle. Elle était seulement blessée de la négligence du roi, et de ses|attentions pour cette jeune et belle personne qu'elle appelait une àelie idiote; et elle avait recours à son secret ordinaire pour rappeler sur elle Pattention^ c'était de s'éloigner. La paix ne fut pas difficile à faire. Madame de Montespan revint bientôt à la cour.

La liaison du roi avec madame de Maintenon inquiétait plus madame de Montespan que celle de mademoiselle de Fontanges^ qu'elle regardait comme une fantaisie^ et dont elle ignorait toujours rimportante conséquence. Le i" avril i&Jd, elle écrit à madame de Saint-Géran^ son amie :

a Madame de Montespan m'accuse d'aimer « le roi : je m'en suis moquée , et je lui ai dit a qu'il ne lui conviendrait pas de me reprocher a une faute dont elle m^aurait donné Pexem- « pie. Mais , ti-t-elle répliqué , ne vous mettez « pas en tête qu'il aime une personne... Elle « n'a pas fini , et c'est la première fois que je « l'ai vue se modérer dans ses transporta. Elle a m'a dit que ma faveur ne durerait qu'autant « que la sienne. Je lui ai répondu, avec fermeté, a qu'à mon âge on ne pouvait faire ombrage à <( un esprit bien fait ; que ma conduite , dont « elle avait été témoin dix ans de suite, dé- « mentait tous ses soupçons; que j'avais si peu « songé au desseui qu'elle me prêtait , que je l'aii vais souvent priée de m'obtenir la permission « de me retirer; que je ne souffrirais plus dé- «sormais ses hauteurs; que ses inégalités « abrégeaient mes jours par les chagrins qu'ela les me causaient. — Et qui vous retient ici?

(I) Second supplément des leUrcs'dc Bussy-Rabutin.

« m'a-t-elle dit. — La volonté du roi, lui ai-je a répondu , mon devoir, ma reconnaissance, et « l'intérêt de mes proches. Cette conversation a n'a pas été plus loin. Je me suis retirée, et « me voici seule h gémir sur mes peines, et à « m'en consoler avec vous. »

Quelques jours après (le 19 avril), on voit, dans une nouvelle lettre à madame de Saint- Géran , que madame de Maintenon a d'autres consolations que celle de gémir de sa condition dans le sein de son amie, a Le roi, lui écritce elle , a passé deux heures dans mon cabinet ; « c'est l'homme le plus aimable de son royaucr me. Je lui ai parlé du P. Bourdaloue. Il m'a a écoutée avec attention. Peut-être n'est-il pas « aussi éloigné de penser à son salut que sa « cour le croit. U a de bons sentiments , et des a retours fréquents vers Dieu. Il serait bien « triste que Dieu n'éclairât pas une âme faite « pour lui. »

Cependant les yeux jaloux de madame de Montespan ont découvert l'intrigue du roi et de madame de Fontanges. Elle en fait de violents reproches au* roi , qui ne prend plus la peine de dissimuler. Madame de Maintenon , témoin de la scène qui se passa entre eux , en parle ainsi à madame de Saint-Géran dans une lettre du 4 mai :

a Le roi eut hier une conversation fort vive ce avec madame de Montespan. J'étais pré- « sente. Diane ( Fontanges ) en était le sujet, a J'admirai la patience du roi et l'emfiortea ment de c«Ue glorieuse. Tout finit par ces « mots foudroyants : a Je vous l'ai déjà dit : je c< ne veux pas être gêné. » Madame de Montes- « pan me demande mes conseils. Je lui parle a de Dieu , et elle me croit d'intelligence avec « le roi. Elle s'emporte contre la pauvre fille , « contre le P. de la Chaise, contre M. de Noaii- « les. Elle exagère les dépenses. Elle invente « des calomnies. Elle passe des heures entiè- « res avec M. de Louvois et avec madame de « Thianges... L'habitude lui a attaché le roi; « je crains qu'il n'y revienne par pitié »

Après cette scène, madame de Montespan se retira à Clagny. Le roi ne l'alla point voir et ne la rappela point. Madame de Maintenon écrit à ce sujet à madame de Saint-Géran, le 26 mai : « Le roi fuit avec trop d'affectation a madame de Montespan. Elle s'est retirée à a Clagny ; toute la cour croit qu'ils sont brouil-

CHAPITKE XXXVH.

a lés sans retour. Le t*oi avoue qu'il l'aime ena core^ et plus qu'il ne voudrait. Le duc du « Maine rattache à sa mère; il ne peut le voir « sans s'attendrir. » Bientôt^ en effet, madame de Montespan revint à ia cour.

La querelle recommence entre elle et madame de Maintenon. Le i4 juin^ celle-ci écrit à son amie, madame de Saint-Géran :

a Les bontés du roi ne me dédommagent c( point de la perte de ma tranquillité. Madnne « de Montespan veut absolument que je cherche « à être sa maîtresse (du roi). Mais, lui ai-je il dit, il en a donc trois? Oui, m'a-t-elle ré- « pondu : moi de nom y cette fille de fait, et « vous du cœur. Je lui ai représenté en toute n douceur qu'elle écoutait trop ses ressentia ments. Elle m'a répondu qu'elle connaissait « mes artifices... Elle m'a reproché ses bience faits, ses présents, ceux du roi... Je l'aime, a et nepuisme persuader quelle me haïsse... > Pendant que madame de Montespan s'inquiétait des prétentions qu'elle supposait à madame de Maintenon, elle ne se doutait pas que le roi, déjà las de madame de Fontanges, faisait la cour à madame de Grammont ; ce qui est le sujet d'une lettre plaisante de madame de Sévigné à sa fille, en date du U novembre. Et cependant, madame de Montespan obtenait encore des retours de quelques moments. Le 2 août, madame de Maintenon écrivait à son amie : « Les jalousies ont cessé, la paix c est faite...; madame de Montespan est plus « brillante et plus adorée que jamais. Elle me « flatte, me confie tous ses desseins, me cona suite et m'écoute. » Sa douceur venait du sentiment de son déclin. Le 28 octobre, madame de Maintenon écrivait à madame de Saint-Géran : « Le prince ( le duc du Maine) « est l'idole du roi. Plus sa tendresse pour son a fils augmente, plus il semble que son amour «pour la mère diminue; ce n'est plus que « comme un premier goût. Il est homme d'ha- € bitude... Le roi lit quelquefois l'Écriture € sainte, et il trouve que c'estie plus beau de « tous les livres. Il reconnaît ses faiblesses. Il a faut attendre que la grâce agisse. »

La rupture du roi avec madame de Montespan fut déclarée définitive et irrévocable, par un de ces bienfaits qui acquittent tous les comptes passés : le roi lui donna la charge de surintendante de la maison de la reine, dont

madame la comtesse de Soissons eut ordre de se défaire, et ordonna à l'ex-favorite de se retirer de la cour.

Dans ce même temps, madame de Maintenon fut nommée seconde dame d'atours de madame la Dauphine; ce qui la tira de toute dépendance et même* de toute relation d'infériorité à l'égard de madame de Montespan. Sa faveur augmentait tous les jours : « Ce sont, « écrit madame de Sévigné, des conversations « infinies avec Sa Majesté, qui donne à ma- « dame la Dauphine (chez qui il trouvait ma- « dame de Maintenon) tout le temps qu'il don- <c nait à madame de Montespan (i). De plus, « Sa Majesté va très-souvent passer deux heu- « res de l'après-dlner dans la chambre de ma- « dame de Maintenon, à causer avec une amia tié, un air libre et naturel qui rend cette il place la plus désirable du monde. »

Telle était la jalousie de madame de Montespan pour madame de Maintenon, qu'elle prenait à peine garde à la maîtresse en titre, madame de Fontanges, dont pourtant le roi s'appliquait à manifester le règne par une ostentation et des profusions sans exemple. A la fin de février, le roi partant pour aller au-devant de madame la Dauphine, a il se trouva le « itiatin dans la cour de Saint-Germain un « très-beau carrosse tout neuf, à huit chevaux, « avec chiffres, plusieurs chariots et fourgons, (( (quatorze mulets, beaucoup de gens autour, « habillés de gris; et dans le fond de ce car- « rosse monte la plus belle personne de la « cour, avec des Adrets seulement, et des car- « rosses de suite pour les femmes (2).

« Le 6 mars, il y eut bal à Villers-Cotterets : « madame de Fontanges y parut, brillante et « parée des mains de madame de Montespan, « qui lui rendit ainsi le secours qu'elle-même « avait reçu de madame de la Vallière. Ma- « dame de Montespan dansa très-bien... Fon- « tanges mal. » Le 6 avril , cette belle est nommée duchesse, avec 20,000 écus de pension... Malheureusement, dans le cours de ce mois, madame de Sévigné nous apprend que « cette « favorite a besoin d'être traitée d'une perte « de sang 0)>iniâtre, et très-désobligeante, »

(1) Lettres de madame de Sévigné du 20 mars et du G avril.

(2) Lettre de madame de Sévigné du 28 février.

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