CHAPITRE XXXVn
On a quelques espérances de guérison ; mais on lit dans une lettre de madame de Sévigné^ du 14 juillet suivant : « Vous aurez ri de cette a personne blessée dans le service; elle Pest a au point qu'on la croit invalide. Elle ne fait <c point de voyage, et s'en va tristement dans a le voisinage de Livry. » (A Chelles, dont sa sceur avait étéjiommée abbesse.)
Le 17, madame de Sévigné raconte des détails du voyage : n Madame de Fontanges avait a quatre carrosses à six chevaux, le sien à « huit. Toutes ses sœurs y étaient avec elle; « mais tout cela si triste qu'on en avait pitié: a la belle perdant tout son sang, pAle, chance gée, accablée de tristesse, méprisant 40 mille a écus de rente et un tabouretqu'elle a, et vou- « lant la santé et le cœur du roi, qu'elle n'a ccpas. D
Le 21 juillet, madame de Sévigné écrit: a La place me parait vacante. Elle ( madame a de Fontanges ) est une espèce de rouée, « comme la Ludres. Elles ne feront peur à per- « sonne, ni Tune ni Tautre. »
Pendant ces souffrances, ces dégoûts, ces disgrâces, la faveur de madame de Maintenon croissait toujours. La reine et madame la Dauphine ayant cessé d'être en bonne intelligence, la reine accusa madame de Maintenon de ce refroidissement. Madame de Sévigné nous apprend , dans une lettre du 5 juin, que « le roi a la console de cette^disgràce. Elle va chez a lui , dit-elle, tous les jours, et les conversaa lions sont d'une longueur à faire rêver tout a le monde, d
Le 9 juin, elle écrivait : « La faveur de « madame de Maintenon croit toujours; celle « de Quantova [madame de Moniespan) dimi- « nue à vue d'œil. d
Le 21 : « On me mande que les conversaa lions de S. M. avec madame de Maintenon «ne font que croître et embellir; qu'elles a durent depuis six heures jusqu'à dix ; que la <c bru {madame la Dauphine) y va quelquefois ((faire une visite assez courte; qu'on les (( trouve chacun dans une grande chaise, et (( qu'après la visite finie on reprend le fil du (( discours. Mon amie (madame de Coulanges] (( me mande qu'on n'aborde plus la dame a sans crainte et sans respect, et que les mi- (( nistres lui rendent la cour que les autres (( leur font. Madame de Coulanges m'écrit au
« retour de Saint-Germain; elle est toujours « surprise de la sorte de faveur de madame «de Maintenon. Enfin, nul autre ami n'a « autant de soin et d'attention que le roi en a (( pour elle : et ce que j'ai dit bien des fois, (( elle lui fait connaître un pays tout nouveau, il je veux dire le commerce de r amitié et de a la convenation, sans chicane et sans cona irainte ; il en parait charmA. »
Cette lettre du 21 juin renferme tout le secret de la faveur dont jouissait madame de Maintenon ,'et de celle où elle devait parvenir. Autre, du 11 septembre : (cLa faveur de a madame de Maintenon est toujours au su- <x préme. Le roi n'est que des moments chez (( madame de Moniespan et chez madame de a Fontanges, qui est toujours languissante. »
Le 18 septembre : « Je ne sais auquel des (( courtisans la langue a fourché le premier ; a ils appellent tout bas madame de Maintenon, « madame de Maintenant. Cette dame de «Maintenon ou de Maintenant passe tous les « soirs, depuis huit heures jusqu'à dix, avec « Sa Majesté. M. de Chamarante la mène et la « ramène, à la face de l'univers (1). »
Je remarque ici qu'en 1680, époque du premier éclat de cette insigne faveur, madame de Maintenon avait quarante-cinq ans; et cette circonstance fixe la date inconnue d'une lettre à madame de Frontenac, rapportée dans tous les recueils. Cette lettre est en réponse aux félicitations de la comtesse. « A quarante- (( cinq ans, dit madame de Maintenon, il n'est m plus temps de plaire; mais la vertu est de « tous les âges... Il n'y a que Dieu qui sache « la vérité... Je le renvoie toujours affligé^ ja- (( mai* désespéré. »
On se rappelle qu'en 1672, elle écrivait à madame de Saint-Géran : « Le m^tre^ vient « quelquefois chez moi, malgré moi, et s'en (( retourne désespéré, jamais rebuté. » Je suis persuadé qu'il n'y a pas une âme délicate, pas une femme qui ne sente une différence entre les deux locutions, et ne se plaise à en discerner le caractère d'après les circonstances. Le roi, en 1672, essayait ses premières séductions, et son but était le plaisir. En 1680, la
(I) Chamarante avait été un des quatre premiers valets de chambre du roi. Il éUit maître d'hôtel de madame la Dauphine.