LA SOCIETE POLIE EN FRANCE
(iVo/tf de rÈdiuur. — Le premier de cet fnigmeuts fait connaître que Tantenr arait conçu Tidée de continaerson onvrage jasqu^à nos jours , en siiifunt la noble tradition des conversations élerées , élégantes et polies, qai s*«8t transmise, sans interruption, de génération en génération, dans les salons des femnies distinguées de la capitale. Biais le grand âge de M. Resderer, qui cependant B*aTait pas été «n obstacle à ce qu^il entreprit et temiaât, avec tant de verve et de succès, sott Hiitoirt 4ê la société polie ^ le fit renoncer à entreprendre un burrage de si longue baleine. — Il mourut en i855 , I après k publication de oehii-ci.)
donne tant d'heureuses années à la vie humaine, appelée seulement à d*beureux moments par Tamour d*instinct.
Cet amour d'imagination agrandit , éleva le pouvoir du sexe faible sur le sexe fort. Il créa son domaine désormais imperdable. .
La société de Thôtel de Rambouillet s'y marqua une part distincte ; elle fut le berceau de la bonne compagnie^ de cette société d^élite où les femmes sont belles et élégantes sans être coquettes ; douces, affables, gracieuses, affectueuses même sans être galantes : société dont la conversation est le principal lien, et dont la communication des esprits a toujours été le grand plaisir ; société qui ne se trouve au même degré de perfection qu'en France, et sera toujours son plus bel ornement.
Depuis que la socialité et la conversation se sont répandues en France, il y a constamment eu des sociétés où les esprits distingués se sont réunis de préférence, où Ton a plus conversé qu'ailleurs, conversé sur des sujets plus élevés, conversé sur un autre ton, d'un autre style. Dans tous les temps les gens d'esprit ont eu plus de plaisir à se trouver ensemble qu'à se trouver avec ceux qui n*en ont point. Je n'essayerai pas d'en faire la liste, ne sachant pas assez précisément qui devrait y être admis et en être exclu, ignorant aussi où elle devrait finir.
L*hôtel de Longueville a succédé à l'hôtel de Rambouillet ; ensuite la maison de madame de Tencin, née en lesi, amie deFontenelle, de Montesquieu, mère de d*Alembert. Elle réunissait des poêles, des artistes, leur donnait chaque année, au nouvel an, du velours pour faire une culotte ; les appelait sa ménagerie.
Après madame de Tencin est venue madame Geof-
. . . L'empire général det femmes s'accrut de la considération acquise par l'hôtel de Rambouillet. La république des femmes, cette république dont j'ai parlé dans mon Mémoire sw Louis Xlly obap. XXIY, se fortifia de l'aristocratie de l'esprit et des mœurs qui résidait dans cette société des illustres , où les grandeurs de la monarchie n'auraient osé se montrer dans leur appareil, où elles se ployaient chaque soir devant Tautorité de l'esprit, de la raison et de la bienséance, et ne marquaient que par les agréments ; où elles parvenaient souvent à se faire préférer, mais ' sans cesser d'être soumises ; enfin, où elles faisaient la cour, et où c'eût été bassesse de la lui faire.
Dans le cours des journées, la monarchie avait son tour avec cette république : alors l'aristocratie féminine agissait dans la monarchie avec les mêmes empressements, la même soumission qu'elle en obtenait le soir dans ses réunions.
La monarchie, l'aristocratie féminine, avaient chacune leurs faveurs à accorder et un but particulier à offrir: l'une donnait fortune, honneurs, grandeurs; l'autre avait à sa disposition le plus doux des plaisirs, et une certaine gloire, et de certains triomphes, qui n'étaient pas à dédaigner.
Jamais l'aristocratie féminine n'était attristée d'aucune affaire politique. Jamais ne pesait sur elle un intérêt calculé, jamais une ambition de pouvoirs, d'honneur ou d'argent : plaire était tout, le suprême honneur, la haute fortune, la parfeite félicité.
L'aristocratie féminine était fondée sur cet amour d'imagination , cet amour moral qui donne tant de prix à l'autre, qui lui est si supérieur par l'élévation où il fait monter les âmes et les esprits, qui est si fécond en délices inconnues à l'amour d'instinct, et qui