DISCUSSION ENTRE M. LE GÉNÉRAL HAXO ET M. RŒDERER
et les AUenuuids. Un auteur^ en italien, se prononce aoior (a-au-tor). En allemand, on dit le comte de Loba-aUf et non Lobo. On peut bien croire que la dipbthongiie oi se prononçait o-ai : la ro-aine, la rouenne. Lorsque la langue s*est fixée par récriture et rortliograpbe, le son double de Voi s'est perdu, et certains mots ont tourné à l'oa, d'autres à Val, qui, dans le nord, ne donne qu'un son, quoiqu'il en donne deux, unis, dans les provinces du midi.
Après rincendie de l'ancienne ville de Vitry, le roi François I*'' fit bâtir, au bord de la Marne, une nouvelle ville qui se nomme Vitry-le-François, du nom de ce prince. II était Francotum rej, le roi des François; et saint François était un troisième François. On avait donc : Saint François, Le roi François, Le peuple François.
A mon idée, ces trois mots se prononçaient à peu près comme on dirait aujourd'hui Françoai! prononciation un peu vague, et différemment ioflécbie par chacun.
Au temps de Henri III, les Italiens et les partisans de leur prononciation livrèrent un long combat aux partisans de la prononciation picarde, ou de la langue d'oil. Ceux-ci résistèrent, et maintinrent, pour le roi et le saint, l'ancienne prononciation (Françoais), tandis que les autres donnèrent au peuple le nom de Francès, Français^ sans que pour cela l'orthographe ait été modifiée. On ne s'occupa pas d'enjoindre aux Champenois de modifier le nom de leur ville ; et ils continuèrent à la nommer Vitry-le-Franfooi (le Français), quoiqu'ils eussent dû dire le François. Je tire de tout ceci l'opinion que, à une certaine époque, la dip'thongueotne se prononçait pas précisément comme aujourd'hui, mais qu'elle avait un son un peu confus, qui a produit les deux façons nettes de prononcer oa, oua et ai, è.
La question est de savoir comment, avant Henri III, la diphthongue oi se prononçait à Paris et en Picar-
die ; car il n'y a aucun doute que les Français de la laa^ gue d'oc prononçaient à peu près comme les Italiens.
Vous dites, page 151, ligne 9 (1), que la diphlbongue io venait des Gaulois et des Celtes, et n'avait pas été rebutée par les Francs -Germains : sur quoi je me permettrai de vous faire observer qu'au temps des Francs, il n'était plus question dans les Gaules du celte ni du gaulois; et depuis plusieurs siècles on n'y parlait plus que latin. C'est donc le latin qui est le point de départ.
J'entends que le mot roi, venant de rfx, a pu avoir une prononciation semblable à celle du mot voix, venant de vox ; que cette prononciation a été intermédiaire entre le rè de la Gaule méridionale et le roa ou rotia que nous prononçons aujourd'hui.
A l'époque où cette prononciation était d'usage, mal définie, et que chacun apprenait par l'usage, sont venus les Italiens ou les méridionaux, qui inclinaient à prononcer rai, et qui n'ont pu réussir que sur la reine, Mais cela ne prouve pas qu'en aucun temps on ait prononcé la roanne. Aucune induction n'y conduit. Il est de même bien certain qne jamais les Italiens n'ont voulu que la voix fût prononcé voix, puisque dans leur langue ils disaient voce.
J'incline donc à croire que le oi ne se prononçait ni ai, ni oa, mais quelque chose comme oè, ouè, ainsi que prononcent encore les paysans des environs de Paris. Lorsque les Italiens ont obtenu que ouè devint ai dans un grand nombre de mots , les Picards ont obtenu leoa pour beaucoup d'autres; et alors la prononciation intermédiaire s'est perdue. Cette opinion ne contredit pas les témoignages de Henri Estienne.
Je crois que la cause de l'erreur vient de ce qu'on suppose que les honmies ont toujours ep, et seulement eu, les inflexions de langage qu'ils ont aujourd'hui en France : si on y veut bien regarder, on se convaincra qu'il y a eu dans d'autres temps d'autres inflexions, et que par conséquent on n'est pas fondé à dire que le oi ancien se. soit toujours prononcé comme aujourd'hui on le prononce.
(i) DansTéditioD actuelle, page 444, colonne a, ligne i.